Le Golem – Isaac Bashevis Singer
Le Golem - Isaac Bashevis Singer
Au XVIe siècle, à Prague, le banquier juif Reb Eliezer Polner est accusé à tort par le comte Jan Bratislawski, à qui il a refusé un prêt, d'avoir sacrifié sa fille au cours d'un meurtre rituel. Pour le sauver, et pour défendre le peuple juif menacé par ces fausses accusations qui se multiplient, Dieu donne au Rabbin Leib le pouvoir de créer un géant d'argile à forme humaine : le golem. Créature fantastique dotée d'une force hors du commun, le golem échappe bientôt à son créateur. Désormais soumis aux passions et aux émotions des hommes, sa puissance et sa naïveté le rendent dangereux. Rabbi Leib doit à tout prix trouver un moyen de lui ôter la vie.
En quelques mots :
Isaac Bashevis Singer transforme une célèbre légende en un récit où la vengeance laisse peu à peu place à une touchante quête d'humanité. Une nouvelle qui dépasse le simple récit fantastique. Derrière le Golem se cachent des questions sur la conscience, la liberté et la place du créateur face à sa création, dans un texte aussi court qu'efficace.
En beaucoup plus de mots :
J'ai découvert pour la première fois la légende du Golem grâce au dernier roman de Dan Brown, Le Secret des secrets. Puis, mon récent voyage à Prague, où cette créature d'argile fait encore aujourd'hui partie de l'imaginaire de la ville, n'a fait qu'attiser ma curiosité. Alors, lorsque j'ai trouvé cette courte nouvelle dans une boîte à livres, je n'ai pas hésité une seconde.
Je l'ai dévorée en moins d'une heure pendant ma pause déjeuner, et j'ai été agréablement surprise d'y découvrir finalement deux histoires en une.
La première met en scène le comte Jan Bratislawski, ruiné et couvert de dettes, qui cherche par tous les moyens à récupérer la fortune dont a hérité sa fille et rien de mieux que d'accuser son créancier : son riche banquier juif. Animé par la vengeance plus que par la justice, ce fameux comte entraîne le lecteur dans une intrigue où manipulations, cupidité et haine se mêlent jusqu'à l'intervention du célèbre Golem. Cette première partie reprend finalement assez fidèlement la légende telle qu'on la connaît : celle d'une créature façonnée dans l'argile afin de protéger la communauté juive des persécutions.
Mais c'est surtout la seconde partie qui m'a séduite. Alors que le Golem, sa mission accomplie, devrait retourner à son sommeil éternel, Isaac Bashevis Singer imagine une autre voie. Sa créature s'éveille peu à peu à la conscience. Impossible, à ce moment-là, de ne pas penser à Frankenstein, ou plus exactement à la créature de Mary Shelley. Ce Golem découvre le monde avec une naïveté presque enfantine. Il veut manger, boire, comprendre les hommes, vivre comme eux, et même aimer. Il désire tout simplement devenir humain.
C'est cette réflexion qui m'a le plus intéressée. Où commence la conscience ? À partir de quand une créature mérite-t-elle d'être considérée comme un être vivant ? Jusqu'où va la responsabilité de celui qui lui a donné naissance ? Sans jamais devenir véritablement philosophique, cette seconde partie soulève des questions qui raisonnent.
J'ai également apprécié que l'auteur ne fasse pas du Golem un simple monstre ou une machine obéissante. Derrière sa force colossale apparaît une certaine innocence, presque touchante, qui le rend finalement bien plus humain que certains personnages qui l'entourent et en particulier cette armée qui veut la recruter pour devenir une arme de destruction.
Alors oui, il s'agit d'une légende profondément ancrée dans la tradition juive, et je n'entrerai pas dans le débat opposant les « mauvais chrétiens » aux « bons juifs » que certains lecteurs ont cru y voir. Pour ma part, je n'y ai surtout lu qu'une histoire où coexistent de bonnes et de mauvaises personnes, quelles que soient leurs croyances. La justice, même imparfaite, finit toujours par servir ceux qui continuent à croire en elle.
Un court texte distrayant qui m'aura fait passé un bon moment. Il m'aura permis de découvrir un peu mieux l'une des plus célèbres légendes de Prague tout en lui donnant une dimension plus humaine que je n'attendais pas, même si je sais qu'avec le temps, j'en oublierai probablement une partie.
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