Hamnet - Maggie O'Farrell

https://img.livraddict.com/_thumbs/covers/695/695080/200_0/couv28035308.jpgHamnet - Maggie O'Farrell

Un jour d’été 1596, dans la campagne anglaise, une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l’aide car aucun de leurs parents n’est à la maison…
Agnes, leur mère, n’est pourtant pas loin, en train de cueillir des herbes médicinales dans les champs alentour ; leur père est à Londres pour son travail ; tous deux inconscients de cette maladie, de cette ombre qui plane sur leur famille et menace de tout engloutir.
Porté par une écriture d’une beauté inouïe, ce nouveau roman de Maggie O’Farrell est la bouleversante histoire d’un frère et d’une sœur unis par un lien indéfectible, celle d’un couple atypique marqué par un deuil impossible. C’est aussi l’histoire d’une maladie « pestilentielle » qui se diffuse sur tout le continent. Mais c’est avant tout une magnifique histoire d’amour et le tendre portrait d’un petit garçon oublié par l’Histoire, qui inspira pourtant à son père, William Shakespeare, sa pièce la plus célèbre.


En quelques mots :

Hamnet  est comme une brume épaisse, entre ombre des maisons, lumière de la nature et murmures d’une époque disparue.
Dans ce brouillard, Agnès s’impose, libre, mystérieuse et presque magique, tandis que Shakespeare reste en arrière-plan de cette histoire de famille et de perte.
Une lecture lente et envoûtante, dont je suis sortie avec l’impression d’avoir aperçu des vies qui se sont dissoutes.

En beaucoup plus de mots :

C’est une lecture que j’ai beaucoup appréciée, d’autant plus que j’ai pris mon temps pour la lire. Je crois que ce livre avait besoin de cette lenteur. Il m’a fait dériver vers une époque lointaine, comme si j’observais la vie de ces personnages à travers une nappe de brouillard : je les apercevais, je les suivais, parfois je les perdais de vue avant de les retrouver un peu plus loin.

Je connais finalement assez peu Shakespeare, et j’avoue que j’ai aimé découvrir l’homme derrière le nom, mais surtout la famille qui l’entoure. Car il faut bien le dire : Shakespeare n’est pas vraiment le personnage principal de ce roman. L’histoire tourne beaucoup plus autour de ses enfants, de leur vie, de leurs liens, et surtout autour d’Agnès, sa femme.

Agnès est probablement le personnage qui m’a le plus marquée dans ce roman. Elle possède quelque chose de mystique, une connexion à la nature, aux animaux, aux plantes, aux êtres qui l’entourent, elle percevait le monde autrement que les autres. À une autre époque de l’Histoire, elle aurait sans doute été considérée comme une sorcière, mais ici, elle est simplement une femme libre et ce n'est finalement pas mieux.

Une femme qui connaît les plantes, qui ressent les choses, qui observe, qui soigne, qui aime avec une force presque animale. Une femme solaire et énigmatique à la fois, dont la puissance semble venir de ce lien viscéral avec la nature et avec ses enfants.

Maggie O’Farrell excelle à décrire tout ce qui entoure Agnès : l’horreur, la méchanceté, la douleur. L’autrice pose des mots délicats et puissants sur cette femme, jusqu’à lui donner quelque chose de presque sacré.

Puis, comment ne pas s’attacher à Hamnet, à Judith ou à Susanna, qui nous permettent chacun d’observer les mêmes événements à travers des regards différents ? L’autrice restitue avec beaucoup de finesse leurs envies, leurs colères, leurs incompréhensions, leurs petits bonheurs et surtout cette soumission terrible face à une échéance que nous, lecteurs, connaissons.

Hamnet, Judith, Susanna… chacun apporte sa propre vision et sa propre sensibilité. Et c’est justement cette multiplication des regards qui donne autant de chair au récit.

J’ai d’ailleurs beaucoup aimé l’alternance entre les époques et les points de vue. Je sais que certains lecteurs ont été gênés par cette construction, mais ce ne fut absolument pas mon cas. Au contraire, j’ai aimé voir la vie se construire et la vie s’en aller, comme un immense cycle auquel personne ne peut échapper. Découvrir l’avant tout en sachant déjà qu’il y aura un après, donne une dimension particulière à chaque petit événement. On regarde ces enfants grandir, cette famille se construire, ces vies se croiser, avec la conscience permanente que tout cela est fragile.

Finalement, qu’est-ce qu’une vie dans l’immensité de l’Histoire ? Pas grand-chose. Et pourtant, pour ceux qui la vivent, elle est tout. C’est aussi ce qui donne autant de force à la première partie du roman.

Parce que Hamnet est avant tout une ambiance. Une atmosphère presque irréelle, brumeuse, parfois étouffante. À l’intérieur des maisons, j’ai souvent eu cette sensation d’obscurité, de chaleur, de promiscuité. Et puis il y a la nature, immense, lumineuse, vivante, qui offre soudain une grande bouffée d’air. Cette dichotomie est parfaitement rendue.

J’ai étouffé à plusieurs reprises entre ces murs avant d’avoir envie, moi aussi, de m’échapper dans les bois, les champs, les jardins, de respirer avec Agnès et ses enfants.

Et puis il y a Shakespeare, il n’est jamais nommé directement, et pourtant il est là, évidemment. J’ai aimé découvrir ses doutes, sa violence intérieure, son besoin de partir, son envie de voir autre chose, de vivre ailleurs, de devenir autre chose que l’homme qu’il est déjà. Il n’est pas forcément facile à aimer. Son égoïsme m’a parfois dérangée, cette façon qu’il a de pouvoir s’éloigner alors qu’Agnès reste, elle, attachée à cette vie et à cette famille. Mais j’ai aussi aimé la manière dont Agnès lui donne sa liberté parce qu’elle ne peut pas lui faire subir ce qu’elle-même ne pourrait supporter.

Leur relation m’a fait penser à deux êtres qui se regardent à travers un miroir. Ils se touchent, entrent en communion, se ressemblent profondément… mais dès qu’ils s’éloignent et cessent de se regarder, ils disparaissent presque l’un pour l’autre. C’est une relation étrange, belle, douloureuse, mais surtout profondément humaine.

Je dois aussi vous parler de cette dimension mystique à laquelle je ne m’attendais absolument pas. Je savais que le roman était historique, je m’attendais à Shakespeare, à sa famille, à cette époque… mais certainement pas à autant de fantastique. Et pourtant, cela ne m’a jamais gênée. Bien au contraire, cela participe à cette impression de brouillard dans lequel j’ai eu l’impression de lire tout au long du roman. La frontière entre le réel, les croyances, les intuitions et quelque chose de plus mystérieux reste constamment poreuse.

En revanche, j’ai beaucoup moins accroché à la seconde partie, ce qui est assez paradoxal parce qu’elle est beaucoup plus courte que la première, mais elle m’a semblé interminable. Je  crois comprendre les sentiments d’Agnès face à cette perte. Je ne peux imaginer sa douleur, son désespoir, cette impossibilité d’accepter ce qui vient de se produire mais j’ai eu plus de mal à rester enfermée dans cette souffrance pendant autant de pages.

J’ai moins ressenti d’émotions et, à certains moments, j’ai même souhaité que l’autrice se soit arrêtée à la fin de la première partie. J’aurais peut-être préféré rester dans cette impression de brouillard, avec tout ce que le lecteur sait déjà et tout ce qu’il peut imaginer.

Cela n’enlève pourtant pas la beauté de ce que Maggie O’Farrell construit parce qu’au-delà de Shakespeare et de l’histoire connue, elle nous raconte surtout une famille, une mère, des enfants, un couple, une perte et cette façon dont une vie continue malgré tout.

Une très belle découverte donc, profondément singulière, parfois lumineuse, souvent sombre, parfois mystique, mais surtout portée par un personnage féminin que je n’oublierai pas de sitôt.

Il me reste maintenant à regarder le film… mais juste en regardant la bande-annonce, j’ai déjà eu l’impression d’être très loin du texte que je viens de lire alors je vais probablement laisser passer un peu de temps, histoire de rester encore quelques jours dans le brouillard d’Agnès.

Commentaires

  1. C'est un livre qui fait des allers-retours dans ma WL depuis sa sortie et j'attendais ton billet avec une certaine impatience :) Je trouve que c'est toujours casse-gueule d'écrire des fictions avec des personnages réels... Ici ça semble fait avec un point de vue intéressant et ce que tu dis de ta lecture est plutôt encourageant, mais j'avoue que je ne suis toujours pas sûre que ce soit une lecture susceptible de me plaire...

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  2. Je l'avais abandonné mais je pense que je ne l'ai pas lu au bon moment et n'ai jamais réussi à vraiment entrer dans le récit. Or, ta manière d'en parler me donne très envie de redonner sa chance au roman et de prendre le temps de mieux découvrir Agnès et les autres personnages. Quant à l'apport du fantastique, en général, c'est quelque chose qui me plaît.

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