Je voulais vivre — Adélaïde de Clermont-Tonnerre

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Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L’enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d’argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l’oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l’ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature : elle se nomme Milady.
Voici venu le temps d’écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d’une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires.
Magnifique portrait d’une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d’hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat – jusqu’à la transgression ultime – pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.


En quelques mots :

Derrière la cape, l’épée et les crimes, j’ai découvert une femme qui voulait simplement vivre, mais à qui l’on n’a jamais vraiment laissé le droit de le faire. Milady m’a d’abord laissée à distance, puis m’a serré le cœur jusqu’à me faire oublier que je lisais une histoire. J'ai basculé de l’autre côté du miroir, là où les monstres ne sont pas toujours qui l’on croit.

En beaucoup plus de mots :

Acheté lors des sorties littéraires de 2025, j’ai tardé avant de me lancer dans ce roman, car je crois que j’étais assez effrayée à l’idée de commencer une histoire sans avoir lu l’œuvre originale, le grand classique Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas. Pourtant, des adaptations, j’en ai vu ! La première, alors que j’étais encore toute petite, avec le dessin animé D’Artagnan et les Trois Mousquetaires, ce petit chien bicolore avec sa grosse truffe toute ronde et son immense chapeau rouge, puis plusieurs adaptations au fil des années, dont les plus récentes, Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan, suivi justement de Milady. J’avoue que le premier m’est bien resté en tête, beaucoup moins le second !

J’ai donc fini par me dire que j’avais suffisamment les idées en place pour participer à la lecture commune organisée autour de ce roman et que j’allais enfin rendre les armes. Je n’ai pas toutes les connaissances, mais ce n’est pas grave ! Sauf que je vais vite me rendre compte que c’est justement l’un des fondements de ce roman : comment juger un personnage lorsque l’on ne connaît pas toute la vérité ? Comment condamner une femme dont on ne connaît finalement que la version racontée par les autres ?

Je vais être sincère, j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, sûrement parce que je ne connaissais pas l’œuvre de base, et j’ai eu du mal à m’attacher à cette toute petite fille de six ans que l’on découvre au début du récit. Pourtant, les personnages secondaires sont extrêmement bien campés, mais je ne parvenais pas encore à ressentir cette histoire pleinement, jusqu’à ce moment de basculement, son mariage avec Olivier, vicomte de la Fère, plus connu sous le nom d’Athos.

Tout prend alors sens, tout le passé vient percuter le présent avec une violence inouïe, et cette jeune fille qui ne demandait qu’à vivre va désormais devoir survivre. Un assassinat avorté, une chasse à la femme semée d’obstacles, des vengeances qui s’accumulent, des identités qui se succèdent et une écriture qui mêle passé et modernité m’ont peu à peu serré le cœur. Je ne voulais plus qu’une chose : que l’on me laisse tranquille le plus longtemps possible pour rester auprès de Milady, ressentir sa peine, sa force, son courage, sa tristesse, sa volonté, ses pertes et tout ce qu’elle va devoir endurer pour continuer à avancer.

Car malgré ses nombreuses identités, Milady reste constante dans ce qu’elle est profondément : cette éternelle femme que l’on juge, que l’on condamne, que l’on réduit à ce que l’on croit savoir d’elle, parfois simplement parce qu’elle est une femme. Une femme belle, intelligente, déterminée, qui refuse de se laisser enfermer dans le rôle que l’on voudrait lui imposer, mais qui va devoir payer le prix de ses choix, de ses ambitions et de sa liberté. Jusqu’où peut-on aller pour survivre ? À partir de quel moment une victime devient-elle coupable aux yeux des autres ? Qui détient la vérité lorsque chacun raconte l’histoire à travers ses propres blessures, ses propres intérêts et ses propres regrets ?

Je parlais de basculement, car à partir de là, je ne lisais plus vraiment ce livre, je le ressentais, je vibrais, j’y plongeais corps et âme. Adélaïde de Clermont-Tonnerre a réussi à éclairer le personnage de Dumas, à lui redonner une voix sans tomber dans une simple biographie romancée. Elle nous propose quelque chose de tellement plus romanesque : une femme avec une cape et une épée, belle et intelligente, que l’on va aimer autant que l’on va haïr, que l’on va comprendre sans forcément tout lui pardonner, et dont on finit par regarder le destin avec un œil bien différent de celui que l’on aurait pu porter sur elle au départ.

L’autrice ne se contente pas de réécrire l’histoire de Milady, elle nous invite à regarder de l’autre côté du miroir, à nous interroger sur ce que nous croyons savoir et sur la facilité avec laquelle nous pouvons condamner quelqu’un sans avoir entendu sa version. Ce personnage que l’on pensait connaître se révèle bien plus complexe, plus humain, plus touchant aussi, et j’ai aimé cette manière de lui rendre sa voix, sa dignité et surtout son droit d’exister autrement que dans le regard de ceux qui l’ont condamnée.

Mais Adélaïde de Clermont-Tonnerre ne s’arrête pas là. À presque chaque grande étape de la vie de Milady, l’autrice nous projette près de quarante ans plus tard, aux côtés de D’Artagnan, qui raconte à son aide de camp ses regrets et semble chercher une rédemption qu’il n’a jamais vraiment trouvée, notamment à travers le sort réservé à Milady (que je ne connaissais d'ailleurs pas, c'est particulièrement horrible !). Cet effet miroir est particulièrement réussi, car les deux récits ne renvoient pas la même image, les deux regards ne racontent pas la même histoire et ce que l’un croit savoir ne correspond pas nécessairement à ce que l’autre a vécu.

J’ai trouvé cette construction particulièrement intéressante, parce qu’elle nous oblige à prendre du recul, à nous demander qui raconte, qui juge et qui détient réellement la vérité. Les années passent, les souvenirs demeurent, les regrets s’installent, mais peut-on vraiment réparer ce qui a été fait ? Peut-on revenir sur une condamnation, sur une vie brisée, sur une injustice lorsque le temps a déjà emporté une partie de ceux qui auraient pu témoigner ? Cette confrontation entre le passé de Milady et les regrets de D’Artagnan donne une profondeur supplémentaire au récit et renforce encore cette impression que l’on ne peut jamais se contenter d’une seule version des faits.

J’ai également beaucoup apprécié que les personnages masculins ne soient pas tous présentés comme des salauds, pas plus que Milady n’est finalement la méchante que l’on nous a toujours décrite. Bien évidemment, il y a des hommes abjects, des êtres capables du pire, mais il y a aussi de belles âmes, des hommes qui savent tendre la main, aider, protéger, sans rien attendre en retour. J’ai aimé cette nuance, cette façon de ne pas enfermer les personnages dans des cases, de nous rappeler que les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit et que la bonté peut parfois se cacher là où on ne l’attend pas.

Maintenant, une question me reste en tête : serai-je capable d’apprécier Les Trois Mousquetaires de la même manière après cette lecture ? Je l’espère de tout cœur ! Je sais en tout cas que mon regard sur Milady ne sera plus le même et que j’aurai forcément en tête cette autre version de son histoire, celle qui m’aura permis de découvrir la femme derrière le personnage, ses blessures derrière ses actes et ses raisons derrière ce que l’on a retenu d’elle.

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