Aux quatre vents - Amélie Antoine
Aux quatre vents - Amélie Antoine
On dit que chaque famille a ses secrets. C'est encore plus vrai en temps de guerre...
1985, Sabran-sur-la-Lys. Un paisible petit village du nord de la France où tout le monde se connaît, depuis toujours. Un petit village où tout se sait. Et où, surtout, rien ne s'oublie.
Après avoir fait l'acquisition du château, un mystérieux personnage achète maison sur maison. De lui, on ne connaît que le nom : Clément de Clercq. Un matin, les villageois découvrent avec effroi que les portes et les fenêtres de toutes ces demeures ont été retirées. Les habitations sont ouvertes aux quatre vents, abandonnées, défigurées.
Bouleversée, une jeune femme, Léa, décide de tout faire pour sauver le village de son enfance. Il lui faudra alors fouiller dans les mémoires jusqu'à plonger au cœur d'un passé qu'aucun habitant n'a envie de revivre...
Aux quatre vents est l'histoire fascinante d'un homme qui, sans même en avoir conscience, se lance dans une quête éperdue d'identité. Car qui est-on quand on ignore d'où l'on vient ?
En quelques mots :
Quelques maisons aux portes ouvertes, quarante ans de silence et une question qui dérange : jusqu’où la vengeance peut-elle se transmettre ? Entre mémoire, culpabilité et pardon, Amélie Antoine tisse un roman aussi intéressant qu’inconfortable. Une lecture qui donne envie de connaître la vérité malgré quelques longueurs et des personnages qui manquent de profondeur.
En beaucoup plus de mots :
Avant même de parler du roman, il faut souligner l'origine assez particulière du projet. L'idée de départ est celle de Jack Koch que je présume être le dessinateur français que vous connaissait sans doute mieux que moi. Il avait cette idée au départ mais avoue qu'il ne savait pas comment l'écrire, il a donc donné son synopsis à Amélie Antoine qui l'a ensuite développé pour en faire une véritable roman. Une démarche sincère et touchante qui se ressent dès les premières pages.
L'autrice nous entraîne dans un petit village du nord de la France à travers deux temporalités distinctes : les années 80 et la Seconde Guerre mondiale. Deux époques séparées par quarante ans, mais où des personnages restent les mêmes, identiquement les mêmes et particulièrement leur caractère. Les visages ont vieilli, leur mémoire est sans doute un peu courte ou veulent-ils garder au plus profond d'eux-même leurs exactions ? Car derrière cette histoire se cache avant tout un roman sur la vengeance, car comme le disait feu ma grand-mère : là où l'on fait son lit, on s'y couche et c'est précisément ce qui donne toute sa force au récit.
C'est très difficile de parler de ce livre sans rien vous spoiler. J'espère sincèrement que ceux qui le découvriront le feront avec le moins d'informations possible, car le plaisir réside en grande partie dans cette construction particulièrement habile. Je pensais au début que la période de la guerre constituait le point de départ de l'histoire. J'étais loin du compte. Ce que l'on croit être le commencement est en réalité la fin. Une structure narrative originale qui permet de garder le mystère très longtemps et pousse à tourner les pages. Reste encore un rien de mystère la dernière page tournée, mais finalement quelle importance.
Même si certains passages m'ont semblé un peu longs, notamment autour du mystère de ces maisons laissées ouvertes aux quatre vents, il faut reconnaître que le titre prend progressivement tout son sens au fil de la lecture.
Léa n'est pas un personnage que j'ai beaucoup apprécié. Contrairement à ce que laisse entendre le résumé, il ne s'agit pas vraiment d'une jeune femme mais plutôt d'une quadragénaire (même si au demeurant, je ne me sens pas vieille, je ne me sens plus comme une jeune femme quand même). Léa manque d'un je ne sais quoi que je n'arrive pas à saisir, je pense qu'elle manque tout simplement de développement puisque l'on ne connait que sa détermination à sauver son village qui va la conduire bien plus loin qu'elle ne l'imaginait. La lumière contre l'obscurité, le pardon face à la vengeance, elle trouveras des mots qui m'ont touché et finalement, dans une telle situation, je ne sais dans quel camp je me serais placée, et par conséquent, j'ai trouvé la fin parfaitement maitrisée.
Il est facile de juger lorsque l'on observe les événements de loin. Beaucoup moins lorsqu'on comprend ce que certains personnages ont vécu. Certaines décisions deviennent alors plus complexes, plus nuancées. Notre cœur ne nous dicte pas toujours qui nous devrions aimer ou détester.
J'ai trouvé la lecture particulièrement plaisante. La partie située durant la Seconde Guerre mondiale m'a captivée. J'avais constamment envie de savoir ce qui allait arriver aux personnages. Plusieurs fois, j'ai eu mon petit cœur qui s'est serré, mais j'avais sans doute encore plus envie d'émotions, parfois l'autrice passe trop vite sur certains personnages comme si elle avait eu peur de se faire elle-même mal à la rédaction de son roman.
J'aurais aimé ressentir encore plus la souffrance, la haine, le dégout, la peur, la joie, la colère, la tristesse, être devant ces personnages et les affronter en face, mais ça n'a pas été le cas. Dommage...
J'aimerais vous en dire davantage, vous parler des événements qui ont façonné ces destins, des choix impossibles, des fautes qui traversent les générations, des secrets qui rongent les consciences, mais cela veut dire entrer dans l'intrigue même, vous parler des événements que l'on ne pourra jamais jugés parce que nous les avons pas vécu. Car c'est toute la force du roman : il nous place dans une position extrêmement inconfortable.
Amélie Antoine livre ici un récit brut, parfois violent, mais sans pleurnicherie ni apitoiement. Elle garde toujours cette lumière au bout du chemin, cette douceur discrète qui accompagne le lecteur malgré les drames. C'est sans doute ce que je retiendrai le plus de cette lecture.
Alors je me contenterai de dire que Aux quatre vents est un roman qui questionne la mémoire, la transmission, le pardon et la vengeance avec beaucoup de justesse.
Une histoire parfois dure, souvent touchante, qui ressemble finalement à une main posée sur une épaule. Une présence réconfortante qui murmure doucement : ça va aller, mais tout le monde sait, au fond, que ce ne sera jamais aussi simple.
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