Sång - Johana Gustawsson
Sång - Johana Gustawsson
[Sång] : nom fém. En suédois, signifie « chanson ».
En Suède, une famille est massacrée dans sa luxueuse demeure. Ce terrible fait divers rappelle sur ses terres Aliénor Lindbergh, une jeune autiste Asperger récemment entrée comme analyste à Scotland Yard : ce sont ses parents qui ont été assassinés.
Avec son amie Alexis Castells, une écrivaine spécialisée dans les crimes en série, la profileuse Emily Roy rejoint sa protégée à Falkenberg, où l’équipe du commissaire Bergström mène l’enquête. Ensemble, elles remontent la piste du tueur jusqu’à la guerre civile espagnole, à la fin des années 1930, lorsque le dictateur Franco réduisit toute résistance au silence, dans le sang.
En quelques mots :
Des orphelinats marqués par la dictature franquiste, l'autrice tisse une enquête moins sanglante que Mör, mais tout aussi éprouvante. Ici, les blessures sont avant tout invisibles et la violence s’insinue dans les esprits plus que dans les chairs : les cicatrices laissées par des hommes et des femmes sur les enfants. Une enquête que j'ai dévorée, racontée avec une redoutable efficacité.
En beaucoup plus de mots :
J'avais dit que je prendrais le temps de digérer ma lecture de Mör, mais je n’ai pas su résister à l’appel de ce troisième tome et je l’ai presque enchaîné. Et finalement, j’ai bien fait, car Sång est tout de même beaucoup moins gore que son prédécesseur. J’irais même jusqu’à dire qu’il se lit presque tout seul.
Les thématiques abordées sont différentes, mais tout aussi violentes psychologiquement. Ici, Johana Gustawsson s’intéresse avant tout aux violences faites aux enfants, qu’elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques. Et le cadre choisi n’a rien d’anodin : des orphelinats religieux espagnols accueillant les enfants de résistants exécutés sous la dictature franquiste. C’est une période de l’Histoire que je connais finalement assez peu et que je n’ai que rarement croisée dans mes lectures et souvent ce fut des abandons. J’aurais d’ailleurs aimé que cet aspect historique soit davantage développé. Mais en y réfléchissant, cela ne m’étonne pas vraiment : l’autrice s’appuie toujours sur un fait historique pour nourrir son intrigue, sans pour autant chercher à écrire un roman historique à proprement parler.
J’ai également apprécié retrouver Emily Roy et Alexis Castells. Pourtant, alors que leur relation et leurs blessures avaient pris davantage d’ampleur dans Mör, je suis restée ici un peu plus extérieure à leur évolution. Quant à Aliénor, alors même que toute l’histoire gravite autour de sa famille, je l’ai trouvée étonnamment effacée. J’aurais aimé qu’elle occupe une place plus importante tant son personnage possède un potentiel intéressant.
Comme dans Block 46, l’autrice fait intervenir un grand nombre de personnages. À certains moments, je me suis un peu perdue et, lors des révélations finales notamment, j’ai dû revenir en arrière pour remettre certains noms et certains liens en place. Cela dit, une fois encore, Johana Gustawsson m’a menée exactement là où elle le souhaitait. Je n’ai absolument pas vu venir la résolution de l’enquête. Mais à vrai dire, ce n’est même pas ce que je recherche dans cette série. J’aime tellement le rythme de ces romans que je ne m’amuse même plus à chercher le coupable. Je me laisse porter et observer les pièces du puzzle s’assembler progressivement.
Si Sång me semble légèrement en dessous de Mör, l’écart reste minime. Les scènes sont toujours dures, parfois dérangeantes, mais l’horreur graphique laisse davantage de place à la psychologie. On y retrouve les thèmes chers à l’autrice : la vengeance, les traumatismes qui traversent les générations, la folie née de la maltraitance, mais aussi ces liens familiaux complexes qu’elle parvient à traiter avec beaucoup de pudeur tout en leur donnant une force émotionnelle indéniable.
Il y aurait encore énormément de choses à dire sur ce roman, tant les sujets abordés sont nombreux, mais en parler davantage reviendrait à révéler une partie de ses secrets, et ce serait vraiment dommage. Johana Gustawsson excelle dans l’art de semer de fausses pistes et de manipuler son lecteur jusqu’aux dernières pages.
Une fois le livre refermé, un constat s’est imposé à moi : je n’ai plus aucun roman de l’autrice dans ma PAL. Et je dois avouer que je le regrette un peu. J’aurais aimé retrouver encore Emily, Alexis et surtout Aliénor, voir ce trio prendre davantage d’ampleur au fil des enquêtes. Mais après toutes ces affaires entre Londres, Falkenberg et les fantômes du passé, peut-être est-il temps pour elles de souffler un peu… et pour moi d’attendre avec impatience ma prochaine rencontre avec la plume redoutablement efficace de Johana Gustawsson.
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