Fragile/s - Nicolas Martin
Fragile/s - Nicolas Martin
« Nous étions mille cinq cents. La première fournée. Les mères pondeuses du futur de la Nation. L'espoir non pas d'une civilisation mourante, mais d'un régime fascistoïde qui a réussi à développer un programme de fertilisation eugéniste. »
Dans une France où la fertilité s'effondre et la majorité des naissances sont touchées par le syndrome de I'X fragile, Typhaine, élue par le très sélectif Programme expérimental de génoembryologie grâce à la position de son mari, accouche d'un garçon sain. Mais l'étonnante progression cognitive de son fils est bien vite aussi inquiétante que le contrôle dont font l'objet les mères, alors que le pays bascule dans la dictature...
En quelques mots :
Un futur où avoir un enfant devient presque un miracle, une première partie fascinante et bouleversante.
Puis le récit change de direction et m'a beaucoup moins embarquée.Une écriture originale, des personnages touchants… mais une fin qui m'a laissée perplexe.
Bref, j'ai adoré le début, beaucoup moins la suite.
En beaucoup plus de mots :
Ce roman me fait, depuis sa sortie, un petit quelque chose dans le cerveau. Vous savez, ces livres que l'on croise, dont le titre reste quelque part dans un coin de notre tête et qui nous disent : « Un jour, il faudra tout de même que tu me lises. » C'était aussi le cas à l'époque de Silo de Hugh Howey et j'étais donc très impatiente de découvrir ce titre de cet auteur français. Eh bien voilà, c'est fait ! Et j'ai même la chance de pouvoir rencontrer Nicolas Martin dans les semaines à venir puisque Babelio m'a sélectionnée pour découvrir ce roman à l'occasion de sa sortie en poche, ainsi que son dernier roman. Mais de celui-ci, je vous en parlerai un peu plus tard... bien plus tard... car j'ai une petite panne de lecture concernant ce tome et c'est surement dû justement à la lecture de celui-ci, je vous laisserez deviner pourquoi si vous lisez la suite.
Fragile/s nous plonge dans un monde qui est à l'agonie, et plus exactement dans un monde où nos spermatozoïdes et nos ovules ont de plus en plus de mal à se retrouver. Et lorsqu'ils y parviennent enfin, la division cellulaire elle-même devient hésitante, donnant naissance à des êtres que l'on nommera les Fragiles, parce qu'ils ne sont pas considérés comme sains. Un thème difficile, une lecture qui l'est tout autant.
Et pourtant, j'ai adoré la première partie. J'ai été immédiatement immergée dans cette société en train de se déliter, par cette peur de la non-reproduction ou mauvaise progéniture, par cette vision d'un futur où donner naissance n'est plus quelque chose de naturel mais devient presque un pari. Les personnages principaux et secondaires sont parfaitement maitrisés, peut-être parfois un peu manichéen dans le sens où on les aime ou on ne les aime pas d'un seul coup d'oeil, mais je suis sans doute un peu trop pointilleuse. Ainsi, l'auteur installe progressivement un monde terrifiant, mais suffisamment crédible pour que l'on se demande jusqu'où nous pourrions nous-mêmes aller si la survie de l'humanité était réellement en jeu.
Ce qui m'a surtout touchée, c'est la relation entre Typhaine et Madeleine. Une relation Mère / Fille - Seine / Fragile - Bien / Mal - Acceptation / Inconscience qui m'a profondément émue et qui m'a fait penser à tous ces parents qui doivent apprendre à aimer, protéger et accompagner un enfant différent. Je salue humblement tous ceux qui ont un enfant porteur d'un handicap, parce que l'amour est parfois au-delà des mots, au-delà des forces que l'on pense avoir. C'est un courage incommensurable dans un monde qui peut se montrer terriblement violent et inadapté. Vraiment, une partie que j'ai trouvé fascinante, haletante, immersive et passionnante.
Mais avant de vous présenter ma douche froide sur la suite, il me semble nécessaire de vous évoquer l'écriture de Nicolas Martin, parce qu'elle est assez particulière mais finalement colle parfaitement à cet univers futuriste. L'auteur change de ton, de rythme, de style, de personne même, et fait évoluer sa manière d'écrire au gré de son histoire. Ce n'est pas toujours confortable, mais cela donne une véritable résonance au récit et renforce cette impression d'être plongée dans un monde qui ne fonctionne plus comme le nôtre.
Après la première partie et le drame qui vient tout bouleverser à la fin de cette dernière, le récit prend une autre direction et j'ai trouvé justement que le rythme n'était plus tout à fait le bon, comme si je dansais une valse sur de la techno. Pour comprendre le pourquoi du comment, la géo-politico-science s'intensifie pour mieux définir les attentes de la société et son évolution ainsi que les pratiques douteuses du gouvernement et son besoin mégalomane. Et là, j'ai clairement été beaucoup moins séduite. J'ai également décroché, lors de la période d'internement de Typhaine.
J'ai trouvé certaines réflexions tirées en longueur et le suspense s'est fait la malle, tout comme mes yeux, qui étaient parfois beaucoup plus attirés par la mouche qui volait à côté de moi que par les lignes de mon livre. Alors que j'avais littéralement dévoré le début, j'ai mis un temps fou à venir à bout de cette seconde moitié.
J'ai parfois eu l'impression que l'histoire tournait en rond, que les personnages avançaient sans réellement avancer et que le récit perdait cette tension qui m'avait tant séduite au départ. Heureusement, les changements de points de vue permettent de relancer un peu la lecture et m'ont aidée à retrouver suffisamment d'intérêt pour aller jusqu'au bout, mais voilà, je n'ai pas vraiment compris ou plus exactement je n'ai rien compris à la fin. Enfin si, dans les grandes lignes. Mais une fois le livre refermé, ma première pensée a été : « Tout ça pour ça ? »
Je suis restée avec cette sensation étrange d'avoir traversé énormément de choses, d'avoir suivi des personnages dans un monde particulièrement travaillé, pour finalement arriver à une conclusion qui n'a ni queue ni tête. Une sorte de fin ouverte, certes, mais qui ne m'a pas forcément donné envie d'imaginer la suite. J'aurais aimé une position plus claire, ou au moins avoir la sensation que tout ce qui avait été construit précédemment trouvait réellement un aboutissement.
Peut-être que ma prochaine rencontre avec Nicolas Martin sera justement l'occasion de lui poser mes questions. Et j'avoue que cela m'intéresse beaucoup, car je suis curieuse de savoir ce qu'il avait réellement en tête en écrivant cette conclusion.
Et maintenant, j'ai surtout envie de vous poser ces questions : si vous avez lu Fragile/s, quelle a été votre impression en refermant le roman ? Est-ce que vous avez compris la fin comme moi ou suis-je complètement passée à côté ? Parce que là, je suis vraiment curieuse d'avoir vos retours !
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