Florida - Olivier Bourdeaut

https://img.livraddict.com/_thumbs/covers/416/416344/200_0/couv72621039.jpgFlorida - Olivier Bourdeaut

« Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. »





En quelques mots :

Après En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut prend une direction bien plus sombre et violente avec Florida. À travers Elizabeth, enfant brisée par l’univers cruel des mini miss, l’auteur livre une descente aux enfers dérangeante et percutante sur le corps, la haine de soi et la vengeance. Un roman brutal, révoltant, parfois difficile, mais terriblement puissant.


En beaucoup plus de mots :

C’est toujours difficile pour un auteur de faire mieux lorsque le premier livre qui nous l’a fait connaître est un véritable carton et qu’il a fait vibrer le monde des lecteurs. Oui, difficile de passer après En attendant Bojangles qui avait retourné mon cœur. Voilà pourquoi, j'ai mis plus de 4 ans à lire ce livre qui est resté dans ma PAL beaucoup trop longtemps.

Ici, Olivier Bourdeaut a choisi une toute autre direction et c’est avec un œil acéré, vif, cruel, qu’il va décrire la descente en enfer d’Elizabeth que sa mère a transformée en bête de concours. Cette jeune petite poupée maquillée, costumée, presque sexualisée pour être la plus belle, la plus attirante aux yeux des terribles jurys du monde des mini miss. Briser sa fille, pas d'importance pour cette mère sans scrupule qui va se transformer en un monstre sans cœur, cruelle et aveugle.

Elizabeth va jouer le jeu jusqu’au jour où elle va littéralement craquer, sur scène, et se révolter de la façon la plus honteuse pour une mère et la plus tragique pour les autres. J'ai eu envie de hurler me retenant seulement pour ne pas faire peur à mon entourage. Atroce de faire vivre ça à des enfants, atroce cette obsession, atroce d'être perpétuellement aveugle aux désirs et souhaits de son propre enfant.

Cette jeune fille n’était qu’un objet, elle devient maintenant une adolescente qui veut s’émanciper de la mainmise de sa propre mère. Tout est fini : les préparatifs imposés pour être la plus belle, les week-ends de concours, cette vie entière dirigée pour plaire aux autres. Mais l’auteur ne s’arrête pas là. Non, il va encore plus loin, toujours plus loin, pour que le corps de cette jeune fille se transforme autant que la haine qu’elle ressent envers elle-même et envers son propre corps.

La reine mère et son valet ( sa mère et son père) n’ont désormais plus aucun pouvoir sur leur fille unique. Elizabeth va les fuir pour devenir une autre.


Ce texte est tellement violent. Elizabeth se déteste, déteste sa famille, n’a plus confiance ni en elle ni envers les autres. Elle va s’autodétruire pour se venger de ce qu’elle a subi. J’ai eu tellement mal pour elle. J’ai trouvé ce texte tellement dur et puissant à la fois. Olivier Bourdeaut transforme cette poupée sage en une caricature acérée, dopée aux stéroïdes, à la rage, à la haine, une jeune femme à la langue tranchante qui veut tout détruire sur son passage. Elizabeth devient Florida, la tornade, l’ouragan qui va détruire son monde, des vies, avant de s’effondrer définitivement. Une étoile filante éphémère qui ne brillera que le temps d’un après-midi  avant de se consumer pendant des années pour devenir poussière et disparaitre.

L’écriture est percutante. Je vous l'ai dit, j'ai eu envie de hurler ma colère contre tous ces personnages, quels qu’ils soient. Rien n’est beau dans ce monde. Entre manipulation, illusion, emprise et intoxication, ce livre prend aux tripes, révolte et consume. Il va extrêmement loin dans cette idée du corps imparfait et dans la vision que l’on renvoie au reste du monde.

Il faut donc avoir le cœur bien accroché pour lire ce roman qui m’a profondément dérangée et souvent révoltée. Je ne suis pas d’accord avec les choix pris par Elizabeth, j’ai dû les accepter, et c’est finalement ce qui a été le plus difficile pour moi durant cette lecture. Parce qu’il est impossible d’anticiper ce qui va se passer, Elizabeth va loin, très loin, au-delà de ses propres limites pour devenir Florida.

Quant à la fin de ce roman, je n’ai qu’une seule chose à dire : si seulement il n’y avait pas eu ce dernier chapitre. Si seulement le roman s’était arrêté sur cette apothéose de haine, de vengeance et de démence, il aurait été encore plus redoutable. Je n’ai pas voulu accepter ce choix, même si je peux entendre ce que l’auteur a voulu montrer : que la vengeance n’est pas une fin en soi, que nos rêves restent des rêves et que la réalité finit toujours par reprendre sa place, même lorsque ce n’est pas celle que l’on espérait.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

OUTLANDER, TOME 11 : L'ADIEU AUX ABEILLES, PARTIE 2 - DIANA GABALDON

Silo, l'intégrale - Hugh Howey

Le comte de Monte-Cristo, tome 1 - Alexandre Dumas

Les sept sœurs, tome 7 : La sœur disparue - Lucinda Riley

Les sept sœurs, tome 8 : Atlas : L'histoire de Pa Salt - Lucinda Riley et Harry Whittaker