Cyrano de Bergerac - Edmond Rostand

https://img.livraddict.com/_thumbs/covers/334/334508/200_0/couv22775882.jpgCyrano de Bergerac - Edmond Rostand

Provoqué par un fâcheux, Cyrano se moque audacieusement de lui-même et de son nez, objet de sa disgrâce. Séduire Roxane ? Il n'ose y songer. Mais puisqu'elle aime Christian, un cadet de Gascogne qui brille plus par son apparence que par ses reparties, pourquoi ne pas tenter une expérience ? "Je serai ton esprit, tu seras ma beauté", dit Cyrano à son rival. "Tu marcheras, j'irai dans l'ombre à ton côté." Christian ne s'y trompe pas ; à travers lui, la belle Roxane en aime en fait un autre. Et Cyrano, s'il entrevoit le bonheur un instant, ne peut oublier son physique ingrat... Un jeu étrange, et dangereux.

Je crois que Cyrano de Bergerac fait partie de ces œuvres dont on connaît déjà des morceaux sans même les avoir lues. Entre les références, les adaptations et surtout quelques souvenirs du film Edmond qui ont ressurgi pendant ma lecture, j’avais déjà des images en tête qui m’ont aidée à mieux m’ancrer dans le récit.

Et heureusement.

Parce que le début de cette pièce est tout de même assez ardu. Quel vocabulaire ! J’ai dû sortir mon dictionnaire à de nombreuses reprises tant Edmond Rostand joue avec les mots, les images et les tournures. J’ai aussi trouvé que le texte manquait parfois d’une certaine musicalité au début, ce qui m’a tenue un peu à distance. Il faut clairement s’accrocher pendant les premiers actes.

Pourtant, j’ai été étonnée de ne pas être perdue malgré le très grand nombre de personnages dès l’acte I. Les nombreuses didascalies et descriptions des lieux au début de chaque acte sont extrêmement immersives et permettent de visualiser facilement les scènes, ce qui aide énormément quand on lit peu de théâtre comme moi.

Et puis arrive Cyrano.

Et immédiatement… quel homme désagréable.

“Moi je”, “moi je décide”, “moi j’ai du verbe”… oui, il a du verbe, il faut bien lui reconnaître ça, mais je l’ai trouvé arrogant, égoïste et parfois franchement insupportable dans sa façon de parler et de donner des leçons à tout le monde. Pourtant, malgré cela, la fin du premier acte a commencé à légèrement m’attendrir à son égard.

L’acte II m’a davantage séduite, notamment grâce à cette lutte verbale autour du nez, ce mot interdit que tout le monde contourne sauf une fois où il devient enfin autorisé. Il y a là quelque chose de très intelligent et assez drôle. Et puis l’impatience de Christian apporte une légèreté qui fait sourire. Même si, encore une fois, j’ai parfois eu du mal avec Cyrano qui place sans cesse ses bons mots, parfois un peu trop à mon goût.

En revanche… quelle déception que cette fameuse scène du balcon dans l’acte III.

Impossible pour moi de ne pas penser à Roméo et Juliette. Et pourtant, alors que cette scène est beaucoup plus longue ici, je l’ai trouvée bien moins sincère, moins vibrante, presque sans panache. À contrario, j’ai été bien plus touchée par l’histoire de “l’homme tombé du ciel”, que j’ai trouvée poétique et pleine d’imaginaire. Là, les mots prennent réellement leur envol et unissent presque le ciel et la terre.

Parce qu’au fond, ce Cyrano amoureux transi qui se sacrifie pour Christian ne me touche guère pendant une grande partie de la pièce.

Il faudra attendre l’acte IV pour que je ressente enfin les émotions que j’attendais depuis le début. Certes, l’arrivée de Roxane sur le champ de bataille n’est pas vraiment crédible, mais j’ai adoré le rythme des scènes qui s’enchaînent : Cyrano/Christian, Christian/Roxane, Roxane/Cyrano… Là, tout devient plus vivant, plus intense. La musicalité des alexandrins prend enfin toute sa puissance et j’ai été émue par ces personnages qui communiquent sans jamais réellement se comprendre. Cette chaîne de désirs amoureux atteint son apogée jusqu’à sa rupture, un peu rapide certes, mais nous sommes au théâtre après tout.

Puis vient l’acte V.

Le temps a passé, les blessures sont toujours ouvertes et Roxane comme Cyrano vont jouer leur dernier acte avant la chute de ce rideau mortifère. J’ai trouvé cette fin belle et profondément tragique. La vérité finit par triompher… mais bien trop tard.

Au final, j’ai trouvé les actes très inégaux dans leur intensité, préférant largement le II et surtout le IV. Mais je comprends sans difficulté pourquoi cette pièce continue de séduire autant. Elle reste intemporelle avec cet amour inaccessible, immortel, suspendu dans les mots et dans le sacrifice.

Commentaires

  1. Très intéressant de suivre l'évolution de ton avis au fil de ta lecture :) J'ai un bon souvenir de la pièce, l'écriture m'avait touchée. Rétrospectivement, je crois que les personnages n'étaient pas très sympathiques, par contre ^^

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  2. Je l'ai lue plusieurs fois, car, pendant longtemps, elle a été ma pièce fétiche. Qu'est-ce que je l'aimais ! Je ne l'ai jamais relue avec mon regard d'adulte, ça serait intéressant de le faire.

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