Nous qui avons connu Solange - Marie Vareille

https://img.livraddict.com/_thumbs/covers/695/695062/200_0/couv18281791.jpgNous qui avons connu Solange - Marie Vareille


"Le jour où je suis devenue une meurtrière, j'ai cessé d'aimer les mirabelles."
Sarégnac, Corrèze. Célestine grandit dans la ferme familiale, bien décidée à réussir ses études pour échapper à la vie de labeur qui l'attend aux champs.
Cadiran, Gironde. Solange est internée dans une école de préservation pour jeunes filles où sont envoyées des adolescentes jugées "déviantes".
Quel secret lie ces deux jeunes femmes ?
Pourquoi Solange déteste-t-elle tant Célestine ?
Et comment cette dernière a-t-elle pu commettre l'irréparable ?




En quelques mots :

Des secrets enfouis, des amours qui déchirent, des silences qui condamnent : derrière ces femmes, ce sont des générations entières qui portent le poids des sacrifices et des libertés volées.
Marie Vareille tisse une histoire bouleversante de destins brisés, de révoltes étouffées et de combats menés dans l’ombre pour que les femmes d’après puissent enfin choisir leur vie.
Magnifique !

En beaucoup plus de mots :

Je suis encore une novice dans les romans de Marie Vareille et j’ai eu l’opportunité de découvrir celui-ci alors que je n’avais pas forcément prévu de le lire maintenant. Mais quand on aime, on ne compte pas, alors je me suis laissée tenter, sans vraiment savoir ce qui m’attendait, et j’ai découvert une histoire de femmes, de secrets, de silences et de sacrifices qui m’a complétement happée.

Marie Vareille nous emmène à travers plusieurs générations de femmes, de l’enfance à l’adolescence, de la femme à l’épouse, à la mère puis à la grand-mère, pour dénouer peu à peu un secret de famille particulièrement lourd à porter. Un secret qui s’installe dans les silences, se transmet sans toujours se dire, se cache derrière les apparences et finit par laisser des traces bien après que celles qui l’ont vécu ont disparu. Le titre, parfaitement adapté au roman, prend alors une résonance toute particulière : Solange n’est plus là, on ne parle plus d’elle, jusqu’à en avoir presque oublié son existence… alors qui était-elle vraiment ? Qu’a-t-elle fait ? Qu’a-t-elle vécu pour que son souvenir reste aussi présent pour certains, tandis que d’autres semblent l’avoir effacée de leur mémoire ? Comment peut-on disparaître à ce point de la vie des autres sans pour autant cesser d’y peser ?

C’est à travers les confessions de Célestine, sur son lit de mort, que l’on va peu à peu revivre son histoire et découvrir celle de Solange mais également nous allons découvrir en parallèle les pensées de Solange qui, à travers son journal intime, nous dévoile ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a tu, ce qu’elle a espéré, mais aussi tout ce qu’elle a dû abandonner, ravaler, sacrifier. Ces deux femmes ont souffert, chacune à leur manière, chacune avec leurs blessures, leurs regrets et leurs propres chaînes. Deux histoires qui n’en forment finalement qu’une, deux destins indissociables que l’alternance des récits vient rapprocher jusqu’à les faire résonner l’un avec l’autre. Les silences de l’une éclairent les blessures de l’autre, les choix de l’une font écho aux renoncements de l’autre, et l’on comprend peu à peu combien les vies peuvent s’entremêler, se construire sur des non-dits et se briser sous le poids de ce que l’on n’a jamais osé dire.

La place de la femme est au cœur du récit. Ces femmes qui doivent se taire, se plier aux convenances, faire passer les autres avant elles, renoncer à leurs envies, à leurs rêves, parfois même à une part d’elles-mêmes pour correspondre à ce que l’on attend d’une épouse, d’une mère ou d’une fille. Ces envies de liberté que l’on étouffe au nom du devoir, de la morale, des conventions, de la famille ou simplement parce qu’il est plus facile de ne rien dire, de détourner les yeux, de laisser faire. Combien de vies sacrifiées pour préserver les apparences ? Combien de souffrances gardées pour soi parce qu’il fallait tenir, avancer, faire comme si tout allait bien ? C’est ce qui m’a particulièrement touchée dans ce roman : derrière les destins individuels se dessine aussi celui de toutes ces femmes qui n’ont pas toujours eu le droit de choisir.

J’ai tellement aimé partager ces moments de doute, d’amour inconditionnel, d’amour filial, d’amour vide, d’amour complice ou tout simplement d’amitié. L’amour qui porte, celui qui étouffe, celui qui déçoit, celui qui répare parfois, celui que l’on donne sans compter et celui que l’on attend toute une vie sans jamais vraiment le recevoir. Toutes ces femmes avancent avec leurs propres blessures, leurs renoncements, leurs espoirs et leurs combats, certaines en se révoltant, d’autres en se taisant, d’autres encore en essayant simplement de survivre à ce que la vie leur impose. C’est fort, c’est puissant, parce que leurs histoires ne sont pas seulement celles de personnages de papier : elles racontent aussi, à leur manière, les combats de celles qui nous ont précédées. Toutes ces femmes qui ont vécu, qui ont souffert, qui se sont battues comme elles le pouvaient, pour qu’un jour nous puissions, nous, avoir cette possibilité de choisir. Choisir sa vie, ses amours, son avenir, choisir de rester ou de partir, de se taire ou de parler. Une liberté que l’on pourrait croire acquise, mais dont ce roman rappelle le prix.

Marie Vareille décrit ses personnages avec une telle justesse qu’ils m’ont donné l’impression d’être installés juste à côté de moi, du plus détestable au plus évanescent. Je les ai regardés grandir, aimer, se tromper, souffrir, se débattre avec leurs contradictions et tenter, tant bien que mal, de trouver leur place dans un monde qui ne leur laisse pas toujours beaucoup de choix. Certains m’ont agacée, d’autres m’ont touchée, certains m’ont révoltée, mais tous contribuent à donner cette impression d’assister à des vies qui se déroulent sous nos yeux, avec leurs petites joies, leurs grandes douleurs, leurs espoirs déçus et ces instants où tout peut basculer.

Le roman ressemble finalement à une mélodie dont le rythme ne cesse de changer. Parfois pianissimo, lorsque les personnages semblent presque chuchoter leurs secrets et leurs blessures, lorsque les mots restent coincés dans les gorges et que les silences en disent bien plus long que les discours. Puis vient le forte, lorsque la rage, la colère ou la rébellion s’insinuent dans les corps, dans les âmes et jusque dans les cris. Marie Vareille fait crescendo, installe ses personnages dans leur quotidien, nous laisse respirer quelques instants, presque reprendre notre souffle, avant de déposer une note intense, brutale, inattendue, qui vient casser le rythme, bouleverser ce que l’on croyait avoir compris et nous couper le souffle. Une révélation, un détail qui change tout et nous oblige à regarder autrement ce que nous venons de lire. Puis le calme revient, juste assez longtemps pour que l’on baisse la garde avant que la musique ne reparte de plus belle.

Je me suis complètement laissée porter par cette histoire. Au début, j’essayais de deviner ce qui pouvait bien se cacher derrière ces silences, je cherchais des indices, j’imaginais quelques pistes, persuadée de commencer à comprendre où l’autrice voulait m’emmener. Finalement, j’ai été d’autant plus surprise que j’ai fini par lâcher prise, par accepter de me laisser prendre par la main, sans chercher à tout anticiper, pour découvrir ces femmes, ces générations qui se croisent, se répondent, se font écho et finissent par former une histoire familiale bien plus complexe qu’il n’y paraît. J’ai aimé cette façon de voir les pièces s’assembler progressivement, de comprendre ce qui se jouait derrière les apparences et de mesurer, au fil des pages, tout le poids de ces vies entremêlées.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture, sa sensibilité, sa force, cette émotion qui monte au fil des pages et cette manière de raconter les femmes sans réduire leurs existences à un seul rôle, une seule décision ou une seule blessure. Il y a des histoires qui nous rappellent que derrière chaque famille se cachent des secrets, des regrets, des silences dont on ne mesure pas toujours les conséquences, et que les choix de celles qui nous ont précédées continuent parfois de peser sur celles qui viennent après.

Mais malheureusement, il y a un mais…

J’aurais aimé que le livre s’interrompe un peu plus tôt. Je n’ai pas vraiment apprécié sa toute fin, même si je comprends l’intention de Marie Vareille, cette volonté de refermer la boucle. Seulement, je l’ai trouvée finalement assez mal exploitée, presque de trop. Pour moi, tout ce qui précédait se suffisait largement à lui-même, avec une force et une émotion qui n’avaient pas besoin de ce dernier détour pour exister. J’aurais préféré rester sur ce que le roman avait déjà réussi à construire, sur ces destins qui se répondent, ces secrets qui se dévoilent et cette impression que certaines histoires continuent de vivre en nous bien après avoir refermé le livre. Cette conclusion m’aurait semblé plus juste, plus forte, plus fidèle à l’émotion que j’avais ressentie jusque-là.

Cela n’enlève pourtant rien au plaisir que j’ai pris à découvrir ces femmes, leurs secrets, leurs amours, leurs blessures et leurs combats. Marie Vareille m’a donné envie de poursuivre ma découverte de ses romans, et c’est finalement plutôt bon signe : malgré mes réserves sur ces dernières pages, je referme ce livre avec le sentiment d’avoir partagé un morceau de vie avec des femmes que 
je ne suis pas près d’oublier.

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