Duologie Outresable et Outredune - Hugh Howey

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Outresable - Hugh Howey

Depuis des siècles le sable a englouti le monde. Un autre s'est créé tant bien que mal parmi les dunes mouvantes, et les plongeurs des sables descendent à de grandes profondeurs pour remonter des ruines figées de l'ancien monde les trésors enfouis dont le troc permet la survie de tous à la surface. Ici, dans cette contrée constamment balayée par le vent, trois frères et une sœur se retrouvent loin les uns des autres. Leur père, qui appartenait à l'élite des plongeurs des sables, a disparu un jour sans aucune explication vers le No Man's Land, en les abandonnant. Et leur monde semble s'apprêter à en faire autant.




En quelques mots :

Sous des océans de sable dorment les vestiges d’un monde disparu, attendant que quelques plongeurs assez fous viennent les réveiller. Hugh Howey bâtit un univers fascinant, rude et immersif, qui m’a séduite. Malgré quelques longueurs et une certaine distance avec les personnages qui m’a parfois empêchée de m’y attacher pleinement, j’ai pris beaucoup de plaisir à explorer ce désert de mystères.

En beaucoup plus de mots :

Après avoir lul’excellente trilogie Silo, j’ai eu envie de plonger, au sens figuré bien évidemment, dans cette duologie qui parle de sable, de plongeurs et de chasseurs de trésors. J’avais une idée très arrêtée avant même de tourner la première page : je m’étais convaincue que Hugh Howey avait tout simplement transposé Waterworld en Sandworld en reprenant certaines idées du film. Et finalement, je n’en suis pas si loin que ça...

On y retrouve ces villes disparues, englouties sous des centaines de mètres de sable, avec leurs immeubles conservés comme s’ils étaient encore intacts ; des pilleurs risquant leur vie pour exhumer des objets du passé et les revendre à prix d’or contre de l’eau potable ou tout autre bien précieux, des familles essayant de survivre dans un monde devenu hostile, du sable à perte de vue, des vents qui assèchent la peau, les yeux et la bouche, cette lutte permanente pour la survie et puis ces pirates des sables qui préfèrent dépouiller les autres plutôt que de construire quoi que ce soit.

Mais il y a bien plus encore dans ce roman.

Car même si l’univers paraît relativement restreint dans ce premier tome, on comprend rapidement que des mystères se cachent au-delà du désert. Il y a notamment cette zone appelée le No Man's Land, là où résonnent les sons des bombes et d’où personne n’est jamais revenu. Un territoire interdit, presque mythique, qui nourrit immédiatement la curiosité.

On découvre donc progressivement ce monde étrange, et c’est à travers une fratrie que Hugh Howey choisit de nous le faire explorer. Une sœur et trois frères qui s’aiment sans jamais se le dire, qui se sont éloignés mais qui restent malgré tout liés les uns aux autres. Au cœur de cette famille gravite également l’absence d’un père disparu et la présence d’une mère qui a tout fait pour survivre ou simplement vivre malgré les reproches de certains de ses enfants.

Vous l’aurez sans doute compris : j’ai adoré l’univers proposé.

Et étant moi-même plongeuse, j’ai été totalement saisie lors de la première plongée décrite dans le roman. J’ai retenu mon souffle. J’ai lutté contre la pression. J’ai tremblé avec les personnages lorsqu’ils manquaient d’oxygène. C’était tellement immersif que j’ai retrouvé tout ce qui m’avait plu dans Silo : cette capacité à être au côté du protagoniste, à vivre chaque étape de son évolution comme si nous y étions.

Mais ici, encore plus que dans Silo alors que je l’avais déjà mentionné dans ma chronique de cette trilogie, Hugh Howey maintient une trop grande distance entre ses personnages et ses lecteurs. Je les trouve presque inaccessibles. Souvent, j’aurais aimé ressentir davantage leurs émotions, comprendre plus profondément leurs blessures.

Je reste pourtant très attachée à Palmer, l'ainé de la famille qui, dès le début de l’histoire, m’a fascinée. J’ai également compris et ressenti les choix de Rose, la mère, personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît. Rob, le benjamin, est lui aussi particulièrement attachant avec son innocence et sa joie de vivre. Quant à Conner et Vic, je dois avouer que je suis restée beaucoup plus distante. Je n’ai jamais réellement développé d’empathie pour eux.

Finalement, ce premier tome n’est pas toujours égal dans son rythme. Je n’ai pas ressenti ce besoin irrépressible de dévorer les chapitres les uns après les autres. Dès que l’auteur relâchait un peu la tension, j’avais tendance à décrocher. Certaines parties m’ont semblé un peu longues et moins captivantes que d’autres.

Mais malgré cela, il reste à la fin de ce roman tellement de questions sans réponse sur la construction de ce monde, son histoire, son basculement, les motivations de ceux qui semblent vouloir le détruire et ce qu’ils espèrent bâtir à la place, que ma curiosité est restée intacte.

Et surtout, je suis bien heureuse de ne pas faire partie de ceux qui ont dû attendre huit ans avant de pouvoir ouvrir le second tome. Car malgré ses défauts, Outresable possède cette qualité essentielle des bons romans de science-fiction : il donne envie d’aller voir ce qui se cache derrière l’horizon. Derrière la prochaine dune. Derrière le prochain mystère.

https://img.livraddict.com/_thumbs/covers/563/563571/200_0/couv52650488.jpgOutredune - Hugh Howey

"Outredune" nous replonge dans le monde d’"Outresable", maintes générations après qu’une tempête de sable a recouvert la civilisation telle que nous la connaissons. À sa surface, quatre frères et sœurs, Conner, Rob, Palmer et Violette, tentent désespérément de se forger un avenir. Ils suivent les traces de leur père et de leur sœur aînée Vic, deux des plus grands plongeurs des sables, disparus dans les étendues désolées d’un désert sans fin. De l’autre côté du No Man’s Land, sur une terre minière de l’Empire de l’Est, Anya voit son destin bouleversé le jour où une bombe atomique détruit son village. Déterminée à démêler les dessous de cette guerre, elle se lance dans une étrange contrée de dunes, en quête de revanche.

En quelques mots :

Le sable a encore bien des secrets à enfouir...Cette fois, le désert ne se contente plus d'engloutir les villes : il rapproche deux mondes qui s'ignoraient. Si j'ai préféré l'immersion suffocante du premier tome, cette conclusion séduit par ses nouveaux personnages, des révélations et une fin qui donne envie d'y revenir...

En beaucoup plus de mots :

Après avoir beaucoup apprécié Outresable, malgré quelques longueurs et un certain manque d'empathie envers plusieurs personnages, j'avais très envie de découvrir la conclusion de cette duologie. Si je reste plus attachée au premier tome, notamment pour ses plongées dans les profondeurs du sable, aussi fascinantes qu'asphyxiantes pour le lecteur, Outredune apporte néanmoins un véritable souffle nouveau grâce à plusieurs personnages. Ici, la plongée laisse davantage place à la résistance, sans pour autant perdre tout ce qui fait la richesse de cet univers.

Ce second tome a également l'intelligence d'élargir son horizon. Là où Outresable nous faisait découvrir principalement les habitants des cités enfouies, Outredune nous emmène de l'autre côté du No Man's Land, cette frontière mystérieuse qui alimentait tant de questions dans le premier tome. C'est d'ailleurs de ce territoire que vient Violette, et il était passionnant de découvrir enfin ceux qui vivent de l'autre côté du miroir.

C'est donc à travers le regard d'Anya que l'on découvre ce nouvel horizon et est sans doute celle qui m'a le plus surprise. Elle représente l'autre camp, celui que l'on connaissait finalement assez mal jusqu'à présent. À travers son regard, son éducation et les valeurs transmises par son père que l'on avait découvert dans le premier tome, on comprend enfin certaines décisions qui pouvaient paraître incompréhensibles jusque-là. J'ai trouvé cette approche particulièrement intéressante, d'autant qu'Anya est une jeune fille pleine de détermination, avec un objectif qui ne faiblit jamais.

J'ai également beaucoup apprécié Jonah, jeune garçon myope, réservé et profondément humain, qui contraste justement avec la rudesse du monde dans lequel il évolue. C'est aussi ce qui le rend aussi attachant. En effet, il est un personnage beaucoup plus sensible, plus fragile aussi, dans un monde qui ne semble pas avoir été construit pour lui. Lui et Anya n'ont, sur le papier, absolument rien à faire ensemble. Pourtant, ils se complètent remarquablement bien et leur relation, qui évolue progressivement au fil des pages, est certainement l'un des plus beaux atouts de ce second tome.

L'autre excellente idée de Hugh Howey est cette double temporalité. Les chapitres alternent entre « trois semaines avant » et « trois semaines plus tard », jusqu'à ce que les deux fils narratifs finissent par se rejoindre dans les dernières scènes. Plus l'écart se réduit, plus la tension augmente. On comprend alors que l'auteur ne cherchait pas seulement à raconter deux histoires parallèles, mais bien à nous offrir la vision intérieure des deux camps, chacun persuadé d'agir pour les bonnes raisons.

J'aime toujours autant l'univers imaginé par Hugh Howey. Ces déserts infinis, ces machines qui glissent au-dessus du sable, ces sortes de trains qui traversent des contrées balayées par un vent meurtrier, cette quête permanente d'un point d'eau... Tout fonctionne toujours aussi bien. Et bien sûr, on retrouve les fameuses plongées dans les profondeurs du sable qui m'avaient tant marquée dans le premier tome. Elles sont cependant moins spectaculaires ici. Me suis-je habituée à cet univers ? Peut-être. Ou peut-être l'auteur a-t-il simplement choisi de mettre davantage l'accent sur les révélations que sur l'exploration.

Car des réponses, il y en a enfin beaucoup. Les mystères laissés en suspens dans Outresable trouvent, pour la plupart, une explication satisfaisante. J'avoue que plus j'approchais de la fin, moins j'arrivais à imaginer comment Hugh Howey allait conclure son histoire. Et finalement, je trouve cette conclusion admirablement construite. Elle clôt correctement cette duologie... du moins en apparence.

Car après les remerciements, l'auteur ajoute un ultime chapitre. Un post-chapitre qui ouvre de nouvelles perspectives et donne franchement envie de poursuivre l'aventure. Alors, cette duologie restera-t-elle vraiment une duologie ? Je n'en suis plus aussi certaine.

Surtout qu'il y a un point qui m'a laissée sur ma faim et que j'aurais tellement aimé voir développé : les cannibales du désert. L'auteur ouvre chacune des grandes parties avec un haïku attribué à ce peuple mystérieux. Les personnages y font parfois allusion au détour d'un dialogue, comme s'il s'agissait d'une vieille légende que tout le monde connaît sans jamais vraiment l'avoir rencontrée. Alors existent-ils réellement ou ne sont-ils qu'un mythe destiné à effrayer les voyageurs ? Hugh Howey ne tranche jamais la question et c'est presque frustrant. Pourtant, moi qui déteste habituellement les récits mettant en scène l'anthropophagie, je me suis surprise à vouloir en apprendre davantage sur ce peuple insaisissable tant il nourrit l'imaginaire sans jamais réellement se dévoiler.

Vous l'aurez compris, tout n'est pas parfait. J'ai retrouvé quelques défauts déjà présents dans Silo. Certaines explications deviennent parfois un peu brouillonnes, comme si Hugh Howey était tellement immergé dans son propre univers qu'il en oubliait que son lecteur, lui, ne possède pas toutes les clés. À plusieurs reprises, j'ai trouvé que l'on tournait un peu en rond et certaines longueurs auraient mérité d'être resserrées.

Je regrette également le traitement réservé à certains personnages adultes. Plusieurs d'entre eux occupaient une place importante dans le premier tome et se retrouvent ici relégués très loin derrière les nouveaux venus. J'aurais aimé passer davantage de temps avec eux, comprendre encore un peu plus leurs motivations. À l'inverse, Violette, qui tenait une place centrale dans Outresable, m'a presque agacée ici. Sans être totalement un boulet, elle n'en est parfois pas très loin, et surtout, son rapprochement avec Palmer m'a semblé beaucoup trop rapide pour être pleinement crédible. Quant à Conner... eh bien, il reste fidèle à lui-même : toujours aussi invisible. Depuis le premier tome, je ne ressens décidément aucune empathie pour ce personnage.

Au final, Outredune répond à de nombreuses interrogations tout en laissant volontairement une porte entrouverte pour une suite. Si cette duologie n'atteint pas, à mes yeux, la puissance de Silo, elle n'en demeure pas moins un excellent moment de lecture. Hugh Howey confirme une nouvelle fois son incroyable capacité à imaginer des mondes postapocalyptiques originaux, cohérents et fascinants. Si vous aimez les univers de survie qui sortent des sentiers battus, il y a de fortes chances que ce voyage sous les océans de sable vous séduise, lui aussi.

Commentaires

  1. A te lire on sent à quel point tu étais investie dans ta lecture :)
    J'avais repéré le 1er tome lors de sa sortie pour son concept original. Finalement le temps a passé et je ne suis plus trop attirée par le genre post-apo/dystopie. De Silo je n'ai au bout du compte lu que le 1er tome et j'ai retiré Outresable de ma WL. Tant pis pour moi ^^

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