Les mains du miracle - Joseph Kessel
Les mains du miracle - Joseph Kessel
Le Dr Kersten, de nationalité hollandaise, s’était spécialisé avant la guerre dans le massage médical. Il avait suivi des cours à Londres et reçu un enseignement secret venu du Tibet. Sa célébrité en fit le médecin de Himmler, le puissant chef de la Gestapo, qui devait devenir le second personnage du Reich. Himmler souffrait de douleurs intolérables que seul Kersten parvenait à apaiser. Utilisant ce pouvoir miraculeux, le héros de cette histoire parvint à sauver de très nombreuses victimes politiques.
En quelques mots :
Un livre important pour son sujet, essentiel pour sa mémoire, mais décevant dans sa forme. Un témoignage précieux porté par une plume qui, pour moi, manque de souffle.
En beaucoup plus de mots :
Ce livre retrace l’histoire méconnue de Felix Kersten, l’homme de l’ombre d’Himmler, qui a manœuvré autant que possible pour sauver de très nombreuses personnes de l’extermination. Homme insaisissable, énigmatique, Joseph Kessel dresse son portrait à partir d’échanges et de témoignages, sans véritable recul critique. Il est parfois difficile de démêler le vrai du faux, mais pour Kessel, il s’agissait avant tout d’un devoir de mémoire et c’est bien ainsi qu’il le présente.
Comment un homme aussi proche du pouvoir nazi a-t-il pu influencer à ce point le second d’Hitler ?
« Himmler, c’était l’État dans l’État : celui de la délation, de l’inquisition, de la géhenne, de la mort indéfiniment multipliée. »
La personnalité de Kersten est complexe et pleine de contradictions : obséquieux, vaniteux, gourmand jusqu’à faire craquer son veston… mais aussi bienveillant, diplomate, patient, presque artisan dans sa façon de creuser, négocier, façonner pour obtenir ce qu’il veut. Il manipule autant qu’il est manipulé. Sa force tient dans ce savant mélange de discrétion et de flair, de prudence et de culot, de talent et d’opportunisme et aussi beaucoup de chance...
Pourtant, je n’ai pas été séduite par l’écriture de Kessel. Le texte reste à distance, davantage narré que réellement incarné. J’ai eu du mal à entrer dans cette histoire, et surtout à y croire pleinement. Puis, au deux tiers du roman, sans comprendre pourquoi, j’ai été complètement emportée : l’accélération des événements, l’urgence de la fin de la guerre, l’intensité nouvelle du récit m’ont happée.
J’ai énormément appris, notamment sur le rôle de la Suède et de la Hollande, souvent peu évoqués dans les récits historiques que j’ai pu lire auparavant.
Je reproche cependant à Kessel ses répétitions incessantes — mêmes mots, mêmes expressions, mêmes descriptions physiques. C’est redondant, parfois lassant. Et je n’ai pas apprécié non plus la dimension très humanisée d’Himmler, presque dépeint comme un homme fragile, loyal, craintif, souffrant… quand son côté bourreau, haineux et fanatique est relégué au second plan. Cela brouille la compréhension morale du récit.
Et pourtant… le fond demeure passionnant. Le devoir de mémoire est indéniablement présent. Certains faits rapportés n’ont jamais été confirmés, d’autres ont été vérifiés après-guerre et validés. Kersten a bel et bien sauvé des vies. Beaucoup. Et certains ont défendu sa cause pour cet homme qui a vécu au cœur de l'innommable qui est devenu un sauveur.
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