Ça, tome 1 - Stephen King
Ça, tome 1- Stephen King
Enfants, dans leur petite ville de Derry, Ben, Eddie, Richie et la petite bande du « Club des ratés », comme ils se désignaient, ont été confrontés à l’horreur absolue : ça, cette chose épouvantable, tapie dans les égouts et capable de déchiqueter vif un garçonnet de six ans…
Vingt-sept ans plus tard, l’appel de l’un d’entre eux les réunit sur les lieux de leur enfance. Car l’horreur, de nouveau, se déchaîne, comme si elle devait de façon cyclique et régulière frapper la petite cité.
Entre le passé et le présent, l’enfance et l’âge adulte, l’oubli des terreurs et leur insoutenable retour, l’auteur de Sac d’os nous convie à un fascinant voyage vers le Mal, avec une de ses œuvres les plus amples et les plus fortes.
En quelques mots :
ça avait traumatisé mon enfance, et je pensais naïvement qu’en ouvrant le roman, Derry me ferait peur… finalement, c’est surtout long ! S. King sait toujours aussi bien faire courir le frisson dans le dos, entre violence, peurs d’enfance et Amérique bien loin du rêve américain. Une lecture intéressante mais parasitée par mes souvenirs du téléfilm même si le clown fait encore peur.
En beaucoup plus de mots :
Je fais partie de cette génération qui a été traumatisée par le téléfilm en deux parties avec ce clown monstrueux qui nous faisait trembler devant notre petit écran de télévision d’à peine 20 cm de diagonale. Autre époque, autre télévision, mais des souvenirs gravés à jamais dans l’esprit de toute une génération d’enfants. C’était les années 90, je devais avoir une dizaine d’années et, aujourd’hui, je râle contre mon propre fils qui, à 13 ans, regarde tranquillement des films d’horreur, comprenez donc mon manque total de logique.
Bien des années plus tard, je suis allée voir la nouvelle adaptation au cinéma et ce fut une réélle déception au point de ne pas aller voir la seconde partie. Je ne retrouvais plus ce sentiment qui m’avait glacé les os à l’époque. Trop vieille ? Problème d’adaptation ? Souvenir d’enfance impossible à reproduire ? Je ne saurais pas vraiment le dire, alors je me suis dit qu’il était peut-être temps de découvrir enfin le roman et finalement, j’en ressors assez mitigée.
Je pense que cette déception vient en grande partie de ce traumatisme d’enfance. Parce que Ça, pour moi, ce n’est pas simplement un roman de Stephen King. C’est ce clown, celui de mon enfance, celui qui a réussi à s’incruster quelque part dans mon cerveau et à y rester pendant des décennies. Difficile de faire abstraction de ça.
Et pourtant, il faut reconnaître une chose : Stephen King sait toujours aussi bien faire naître la peur.
Même si j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le roman. Une véritable pléthore de personnages débarque, et il m’a fallu un temps fou pour réussir à comprendre qui était qui. Le Club des Ratés est composé de plusieurs enfants, auxquels viennent s’ajouter les adultes, les familles, les habitants de Derry et tout un tas de personnages gravitant autour d’eux. Je crois qu’il m’a bien fallu presque un tiers du roman avant de réussir à remettre correctement les prénoms sur les visages et à commencer à m’intéresser réellement à chacun mais une fois que tout ce petit monde est installé, le roman prend enfin son rythme et là, je retrouve le Stephen King que j’aime.
Parce que cette façon qu’il a de faire monter la peur est absolument redoutable, il ne se contente pas de nous balancer un monstre sous le nez. Il installe une atmosphère, distille les indices, fait remonter progressivement quelque chose de désagréable le long de l’échine. Et puis soudain, une scène, une apparition, un détail… et me voilà de nouveau à frissonner : c’est glaçant et, je dois bien l’avouer, c’est savoureux.
Mais voilà… qu’est-ce que c’est long ! Long, long, long et c’est probablement là que le bât blesse pour moi. Je ne me suis finalement attachée à aucun de ces enfants. Pourtant, Stephen King prend le temps de nous raconter leurs histoires, leurs familles, leurs traumatismes, leurs différences. Certains grandissent dans des foyers aimants, d’autres subissent la violence quotidienne, le harcèlement, la peur et l’humiliation et cette violence est omniprésente.
Violence physique, psychologique, familiale, scolaire… Stephen King nous montre une Amérique bien éloignée du rêve américain. Une Amérique où les enfants peuvent être cruels entre eux, où les adultes peuvent être encore plus dangereux, où les violences subies pendant l’enfance finissent parfois par se reproduire à l’âge adulte. Les mots sont crus, parfois franchement dérangeants, mais ils participent aussi à cette atmosphère délétère qui entoure toute l’histoire et finalement, Ça ne parle pas uniquement d'un clown.
Le monstre est évidemment au centre du récit, mais il devient aussi le révélateur de tout ce qui existe déjà dans cette petite ville. Les peurs, les violences, les secrets, les haines, les traumatismes… comme si Derry elle-même était malade et c’est probablement cette dimension-là que j’ai trouvée la plus intéressante. Il reste quand même quelque chose de profondément inquiétant : les adultes qui ne voient rien, ceux qui ne veulent rien voir, ceux qui font du mal et ceux qui laissent faire.
Mais malgré tout cela, je suis restée trop souvent à distance. Je sais que ce roman, aujourd’hui divisé en deux tomes dans certaines éditions françaises, était à l’origine publié en un seul volume et franchement, je comprends qu’on ait voulu le séparer. Parce que là, après ce premier tome, j’ai eu ma dose et j'ai pas autant apprécié le récit que j'aurai voulu l'être et je n'ai pas été à fond comme lors de ma lecture de Charlie.
Alors oui, je ne regrette pas de l’avoir lu mais après avoir terminé ce premier tome, j’ai surtout cette sensation étrange que ce n’était peut-être pas indispensable. Et c’est probablement là que mes souvenirs d’enfance ont joué contre le roman. Je crois que j’aurais aimé découvrir Ça sans avoir cette image du clown de mon enfance incrustée dans la tête. Peut-être que j’aurais davantage apprécié le travail de l’auteur, son écriture, sa construction, sa manière de faire naître la peur. Je vais donc laisser passer un peu de temps avant de décider si je retourne à Derry.
Et surtout, pour mes prochaines lectures de Stephen King, je crois que je vais choisir des romans sur lesquels je n’ai aucun souvenir d’enfance à confronter à la réalité.
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