Le marin des sables - Michel Ragon

Auteur : Michel Ragon
Editions : Le livre de poche
Genre : Historique
Sortie : 1987
Pages : 254

Ma note : 16/20

"Dans la brise humide et froide du petit matin, le voilier se détacha lentement du quai où, au milieu d'un amoncellement de ballots de sucre et de tabac, s'affairaient quelques hommes à la lueur pâle des lanternes."

Synopsis :
A quoi rêve un enfant lorsqu'il vit dans un pays de sable et de sel, sinon à ce qui peut bien se trouver de l'autre côté de la mer ? Et il s'embarque un beau jour à La Rochelle, se mêle aux matelots qui hissent les voiles d'un vaisseau mettant le cap sur les îles des Caraïbes. Et il rencontre là-bas la misère et la violence qu'il croyait fuir.
Comment il tentera toute sa vie de rejoindre la "terre des délices du cœur" , en compagnie des boucaniers et flibustiers de l île de la Tortue ; comment il croira l'avoir trouvée dans la tribu des derniers Indiens Arawaks; comment ses aventures, d'abordages en expéditions sur les côtes américaines, l'amèneront de la gueuserie à la richesse et aux plus hautes fonctions de la marine corsaire avec l'aval de M. Colbert ; comment il connaîtra l'amour et les amours singulières ; comment il disparaîtra dans la forêt vierge - telle est la trame de ce grand roman de mer et d'aventures qui ravira tous ceux qui ont un jour vibré à la lecture de L lle au Trésor et de Robinson Crusoé.
 
Ce que j'en ai pensé :
 
Le marin des sables trainait dans ma PAL depuis un bon moment, depuis combien de temps je ne savais pas trop, pourquoi était-il là, là non plus je n'avais pas la réponse. Me l'a-t-on offert ? Est-ce que je l'avais acheté par hasard lors d'un vide grenier ? L'avait-on oublié chez moi ? Toutes ces questions sont restées sans réponse. Mais lorsque j'ai ouvert le livre, inscrit à l'intérieur j'ai vu mon nom et 2008. Voilà donc un début de réponse : 7 ans à prendre la poussière et lu en 2 jours.
Le marin des sables est une aventure sous fond historique qui raconte le mode de vie des boucaniers et des flibustiers à l'époque de Louis XIV et de Colbert. Le royaume de France est alors en guerre avec le royaume espagnol, les bateaux ennemis sont abordés, l'équipage sinon tué, est laissé à l'abandon sur des îles désertes, pas de quartier. Et notre personnage principal n'en a que rarement. L'Olonnois, son surnom, il le doit qu'il est originaire des Sables d'Olonne. Pauvre, à mi chemin entre le travail de la terre et de la mer, il décide de s'embarquer pour rejoindre le nouveau monde et rêve du Paradis. En chemin, il va apprendre les rudiments de la marine, avant de débarquer sur l'île de Saint-Domingue, où il s'est engagé comme boucanier pour une durée de trois ans. Mais la rudesse de ces condisciples, leur extrême agressivité, leur châtiment corporel, font vite que l'Olonnois comprend qu'il est arrivé en enfer. Il va donc fuir et va se réfugier parmi les Indiens Arawaks, où il va pouvoir gouter pendant quelques temps à une certaine quiétude et du repos. Au retour d'une de ces promenades, il découvre le camp massacré, les Indiens éviscérés et décapités. L'Olonnois se sent trahis par les espagnols qui se sont pris à un peuple pacifiste et décide de se venger.
L'olonnois devient alors une des terreurs des mers après avoir rejoint l'île de la Tortue, et décide d'exercer sa vengeance dès que sa route croise celle d'un bateau espagnol, massacrant ces occupants et se délectant du sang recouvrant son sabre.
Michel Ragon s'est donc fortement inspiré de la vie de ce pirate des mers des caraïbes pour en faire un texte qui tient bien la barre. Quelques longueurs se glissent vers la fin du livre, mais par sa lecture, j'en ai beaucoup appris sur les us et coutumes des boucaniers et des flibustiers : homosexualité, partage des gains, prime pour perte d'un œil ou d'un membre, esclavagisme.
Le style de l'auteur est très particulier mais pas désagréable, il a tendance a accumuler les adjectifs, les verbes ou les noms donnant un rythme dans son texte.
La fin est un peu rapide à mon goût, mais je ne lui en veux pas pour autant.
 
Citations :
 
"Un voilier est un écorché aux nerfs mais à nu. Les matelots déclenchent la vie de ces nerfs en les halant, en s'arc-boutant à eux comme à des ficelles de marionnettes."
 
"- Vous n'avez pas pu ses cheveux frisés ? Le démon est plein de malices. Blanchir un Nègre, pour lui, quel jeu d'enfant ! Le chevalier de la Bouère l'a racheté, demi-mourant, à un boucanier. Rien d'étonnant qu'il ait failli trépasser dans les champs de tabac. Il a l'air d'une fille, ne trouvez-vous pas ?"
 
"Ce n'est pas que le vert manquât dans le paysage de la Tortue. Mais ce vert des cactus, des bananiers, des feuilles de tabac se teintait d'une telle crudité qu'il assombrissait la terre grise et rouge. Il y avait dans ce vert une agressivité, une dureté, qui ressemblaient aux défauts des hommes qui occupaient cette île, eux aussi hérissés de piquants comme des figuiers d'Inde."
 
"Si la brillance de l'or les fascinait comme un miroir aux alouettes, ce qu'ils aimaient en réalité par-dessus tout, sans se l'avouer, c'était la mer. La mer qui les détachait du Vieux Monde, qui les retenait, qui les absorbait. La mer les envoûtait trop pour qu'ils pussent demeurer longtemps captifs des bras des femmes. aucun plaisir ne leur apportait un épanouissement aussi irradiant que la mer. aucun sourire ne leur paraissait plus euphorique que le mouvement de l'Océan. La mer, à la fois vie bouillonnante, fertile, passionnée et liberté sans mesure."
 
"Le père Dominique le lui reprocha : "La violence est excusable, mon fils, pas la cruauté. Vous devrez rendre un jour compte à Dieu de vos excès" et l'Olonnois lui répondit que le fils de Dieu se laissant crucifier entre deux voleurs n'avait pas résisté à faire de l'épate."
 
Petit Bonus :
 
François l'Olonnais, (aussi dit l'Olonnais, l'Olonnois, Lolonois et Lolona) est considéré comme l'un des pirates les plus cruels et sanguinaires toutes époques confondues. Son véritable nom reste un mystère.
L'Olonnois exerce contre les prisonniers espagnols la cruauté qui lui est usuelle :
« II avait pour habitude de tailler en pièces et d'arracher la langue aux personnes qui n'avouaient rien sous la torture. S'il l'avait pu, il aurait aimé procéder de même avec tous les Espagnols. Souvent, il arrivait que quelques-uns de ces malheureux prisonniers, sous la torture, promettent de montrer l'endroit où se cachaient leurs compatriotes avec leurs richesses. Ensuite, s'ils ne retrouvaient pas cet endroit, ils mouraient d'une mort plus cruelle que leurs camarades. »
 
Second Petit Bonus :
 
L'île de la Tortue est nommée ainsi parce que les Espagnols l'avait baptisée « Tortuga de mar » (« Tortue de mer ») du fait de sa forme. Elle est le premier territoire de Saint Domingue colonisé par la France, les Espagnols étant fortement présents sur l'île principale (Hispaniola), et faiblement présents sur la Tortue.
Le 6 décembre 1492[1], Christophe Colomb et son équipage sont les premiers Européens à découvrir l'île de la Tortue, alors qu'ils établissent une colonie sur Hispaniola (la grande île) juste en face. Au début du XVIIe siècle, peu d'Espagnols sont établis sur l'île de la Tortue, ils cultivent le tabac au sud depuis 1598. À l'Est les côtes de l'île sont inhospitalières (côte de fer), alors qu'à l'Ouest, elles sont abritées et présentent des mouillages accessibles entre des bancs de coraux et le littoral. Au XVIIe siècle l'île est située non loin des voies de commerce de l'Espagne avec ses colonies, une position stratégique pour les futurs flibustiers. Dès 1620 le capitaine Charles Fleury, naguère associé au pirate Jacques Barc aborde sur les côtes de Saint Domingue en compagnie des corsaires capitaine Lucifer, d'un anglais Arthur Guy et de Messieurs de Montreuil et de Saint-Georges. C'est en 1629 qu'une équipe envoyée ou menée par Estambuc colonise la Tortue, en expulsant les Espagnols.
Source Wikipédia

Le mot de la fin :

Ce livre fut une bonne découverte, j'ai pu rêver durant ma lecture de l'océan déchainé, de nouveau monde, de flibustiers assoiffés de sang, la guerre de l'or entre la France et l'Espagne. J'ai beaucoup voyager et appris sur notre passé à travers ce livre. Je le recommande.

***
 

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