Le Palanquin des larmes - Ching Lie Chow
Le Palanquin des larmes - Ching Lie Chow
" Je suis née dans la Chine de la misère et des larmes. Petite fille, j'ai souffert et pleuré de bonne heure. J'étais jolie : ce n'est pas un mérite, ce fut une malédiction. Laide et difforme, je n'aurais sans doute pas été mariée de force à l'âge de treize ans ". Choisie pour son exceptionnelle beauté, Chow Ching Lie est contrainte d'épouser l'héritier d'une des plus grosses fortunes de Shanghaï. Elle incarne ainsi, sous le règne de Mao Tsé-Toung, le drame de la femme chinoise et de son asservissement séculaire.
D'un bouleversement à l'autre, Chow Ching Lie est donc soumise à rude épreuve. Heureusement, son don pour la musique la sauve. Envers et contre tout, elle poursuit ses cours de piano et entre au Conservatoire. Artiste et virtuose, elle voit alors s'ouvrir à elle une carrière internationale.
En quelques mots :
Une histoire bouleversante sur fond de Chine en pleine mutation.. Plus révoltée qu’émue, j’ai été marquée par la condition des femmes et les récits parallèles. Un texte puissant, mais auquel il m’a manqué un tout petit peu d’émotion mais cela reste finalement assez anecdotique comparé à l'Histoire d'un pays à l'Histoire de femmes, mais aussi à l'Histoire d'hommes.
En beaucoup plus de mots :
J'ai cru pendant toute ma lecture que ce livre allait me tirer de nombreuses larmes, mais ce ne fut pas le cas et puis finalement en rédigeant cette chronique, je pense que cela n'est qu'anecdotique comparé à la richesse de ce livre. Quelle histoire et quelle Histoire. Car au delà de la vie malheureuse de celle qui deviendra cette pianiste mondialement connue, ce livre retrace l'Histoire de la Chine des années 40 aux années 60 soit au moment du basculement de la République de Chine à la République Populaire de Chine porté par Mao Tsé Toung.
Le choc entre l'occidentalisme et l'orientalisme est frappant, sans compter sur le modernisation d'un pays ultra conservateur et ancré dans des millénaires de de mœurs et des coutumes, un pays, une culture régie par le respect, l'abnégation, la violence et la soumission.
C'est Georges Walter qui a recueilli les propos de Chow Ching Lie (ou Julie comme elle se fera appeler plus tard) pour en faire sa biographie, et je trouve que malgré une qualité indéniable de restitution, d'écoute qu'il a dû avoir, elle manque d'émotions. Est-ce sa pudeur à elle qui lui a empêché de dévoiler l'intégralité de ses sentiments ou alors la souffrance de revivre des choses violentes, ou bien lui, qui n'a pas toujours pu trouver les mots justes à poser sur des moments de vie insoutenables, je trouve que ce livre manque d'introspection plus profonde. Mais je suis sans doute un peu trop exigeante.
Je n'ai donc pas été émue autant que je l'espérais par la vie de Chow Ching Lie et pourtant j'aurai du. Mariée à 13 ans à un homme chétif mais à la famille très riche quelques mois à peine avant la loi promulguée par Mao Tsé Toung qui aboli le mariage arrangé, soumise à sa mère pour devenir la petite femme parfaite, violentée par sa belle mère jalouse de la beauté de celle qui lui a volé son fils, rabrouée par ses belles-sœurs fainéantes, adulée par un père qui n'aura jamais fait les bons choix de vie et qui a le devoir d'écouter ses propres parents, adorée par un mari inexistant, désirée par tous les hommes qui la croisent et qui vont également la maltraiter, son courage et son amour pour ces deux enfants vont lui faire courber l'échine, et accepter son destin.
En revanche j'ai été émue par les histoires parallèles, ces jeunes filles vendues comme esclaves dans des familles riches, la déconvenue de son frère patriotique qui va tout perdre et être exploité pour avoir voulu protéger sa sœur, les bonzes abjectes, cette femme bafouée qui tue son propre enfants pour ensuite vendre son lait au plus offrant, les vengeances cruelles des Femmes en général m'ont fait hurler intérieurement, sans compter sur l'Histoire de ce pays dont j'ai été fascinée : la présence japonaise, ce révolutionnaire ayant travaillé dans l'usine Renault en France et qui s'est imprégné du système des syndicats, le grand bond en avant, les Cent Feurs, et encore tellement d'Histoire qui s'entremêle à la perfection avec celle de Chow Ching Lie.
Je ne peux pas non plus ne pas parler de ce mariage avec ce palanquin des larmes, de ce banquer incroyable au pavillon de la Fleur d'Abricotier, de cette tradition séculaire qui m'a profondément enragée et à la fois m'a donné la nausée. J'en ai tellement voulu à ces marieuse et marieur sans cœur, à ces hommes arrogants qui du fait qu'il font parti de la famille se permettent les pires méfaits.
Ce livre a réveillé en moi une certaine révolte et aussi un sincère remerciement d'être né dans un pays et une époque qui permet aux femmes d'être libres de leur choix même si ce n'est pas parfait, elles peuvent se tromper, elles peuvent souffrir, mais aussi se battre, se libérer quand elles en ont la force.
Ainsi tous les détails de ce roman sont subjuguants, la relation parents/enfants, la relations enfants/grands parents, la relation enfants/beaux parents, mais aussi, ces détails du quotidien comme l'alimentation, les potions médicinales, les prières, les vêtements, ces détails qui interpellent mais qui renforcent considérablement le roman qui donne du corps à cette âme pure qu'est Chow Ching Lie, ce regard d'une enfant qui ne connait pas le monde, qui ne connait pas les hommes, qui, par son innocence, va affronter la dure réalité de la vie en Chine.
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