Les Guerriers de l'hiver - Olivier Norek
Les Guerriers de l'hiver - Olivier Norek
« Je suis certain que nous avons réveillé leur satané Sisu.
– Je ne parle pas leur langue, camarade.
– Et je ne pourrais te traduire ce mot, car il n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Le Sisu est l’âme de la Finlande. Il dit le courage, la force intérieure, la ténacité, la résistance, la détermination…
Une vie austère, dans un environnement hostile, a forgé leur mental d’un acier qui nous résiste aujourd’hui. »
Imaginez un pays minuscule.
Imaginez-en un autre, gigantesque.
Imaginez maintenant qu’ils s’affrontent.
Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, un peuple se dresse contre l’ennemi, et parmi ses soldats naît une légende.
La légende de Simo, la Mort Blanche.
En quelques mots :
Une plongée fascinante dans la guerre d’Hiver, au cœur des forêts glacées de Finlande. Un roman immersif, visuel, porté par une documentation impressionnante. Dommage que les personnages restent en retrait et que le rythme haché casse parfois l’élan. Malgré ces défauts, une lecture passionnante. Presque un coup de cœur.
En beaucoup plus de mots :
Un mot m'est revenu sans cesse à la lecture de ce roman et il résonne encore : fascinant. Une plongée brutale dans les immenses forêts scandinaves, là où le froid saisit, mord, et devient mortel à qui n’y prend pas garde. Deux camps s’affrontent : la Finlande, jeune nation qui obtient son indépendance en 1917 pendant les événements révolutionnaires russes, face à l’immense URSS, elle, créée en 1922 pour mémoire, mais à la grande différence que la première a été sous Domination suédoise puis russe. Finalement Le grand méchant loup veut récupérer ses terres alors il souffle sur une maison de bois… mais une maison qui résiste. Finalement l'Histoire se répète et on ne peut que penser à l'actualité.
Ce roman est donc une passionnante histoire oubliée dans l’Histoire ; oubliée ? En 1940, elle était connue des élèves français à qui on valorisait le courage des finnois.
Olivier Norek m’a donc appris énormément de choses : la création de la Finlande, les bombardements d’Helsinki, les lignes de front perdues dans des forêts glacées, notamment celle de Kollaa… Tout est documenté, précis, et terriblement immersif. Mais surtout, il y a ces images.
C'est étonnant comme il y a des images fortes qui marquent à la lecture de certains livres et celui-ci en fait pleinement partie : je vois ces chariots russes avec d’immenses portraits de Staline brandis comme des boucliers dérisoires où seule la vénération de leur dictateur reste une obligation. Ces jeunes soldats membres de la fanfare des armées au destin aussi funeste que le quatuor de musiciens sur le Titanic. Ces armes russes dont seule la quantité compte au détriment de la qualité pour une fois encore, montrer la puissance factice de l'URSS. Ces soldats morts figés dans la glace, une cigarette au coin des lèvres. Comme à son habitude Olivier Norek sait rendre visuel chaque détail, chaque scène avec une telle exactitude qu'on ne voit pas la scène, on la vit, le cœur qui pulse, la respiration qui s'étire, le froid qui semble traverser les pages. J'ai vécu ce roman avec tellement de fascination que le temps s'est arrêté.
Mais… parce qu’il y a un mais. Je l'ai dit c'est pas tout à fait un coup de cœur et j'ai quelques reproches. En particulier avec la construction. Les chapitres sont parfois très courts, et les transitions brutales. Je trouve parfois que l'on passe de l'un à l'autre trop rapidement, j'ai été projeté sans avertissement d'un camp à l'autre, d'un territoire à l'autre, d'un personnage à l'autre, une téléportation qui m'a parfois donné un peu le tournis au début avant que je ne m'habitue à ce rythme effréné et j'arrive par cette transition à mon second point faible. Ici la narration reste très proche de celle des thrillers de l’auteur. Efficace, oui. Mais pour un roman historique, j’aurais aimé plus de rondeur, plus de respiration, plus de contexte, créant pour ma part un léger déséquilibre entre faits historiques et fiction.
J’ai trouvé que à cause de ça, Olivier Norek restait un peu trop en retrait de ses personnages. Ils finissent par devenir presque interchangeables, à l’exception de quelques figures marquantes : Simo, la Mort Blanche, Viktor que la mort semble épargner, ou encore Juutilainen, surnommé l’Horreur. Il manque un peu de chair, un peu de sentiments, un peu d’émotions. Parce qu’au fond, dans ce genre de récit, j’aime quand ce sont les personnages qui font vivre l’Histoire. Ici, j’ai parfois eu l’impression inverse : que c’est l’Histoire qui faisait vivre les personnages. Ils sont présents, importants mais finalement presque de passage, sans interaction entre le lecteur et eux.
Et malgré tout… on ne peut rester que fasciné par ce que l'on ressent derrière chaque page. Une véritable exploration documentaire en s'appuyant sur des témoignages directs et une immersion culturelle et intellectuelle comme Olivier Norek en parle lui-même à la fin du roman. Et c’est ce qui fait toute la force du roman.
Un presque coup de cœur, donc... mais un roman marquant, sans aucun doute.
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