Maudits - Marine Kelada

 

https://img.livraddict.com/_thumbs/covers/495/495888/200_0/couv42947642.jpgMaudits - Marine Kelada

À bientôt 19 ans, Marian Campbell souffre de sévères troubles anxieux jusqu'alors inexpliqués. Cet été, elle est invitée en Écosse, au grand rassemblement du clan Campbell où Maggie, la doyenne, la met en garde contre un mystérieux Highlander qui rôde aux alentours. Et au cœur de ses racines familiales, les crises de Marian se multiplient, exacerbées par ces lieux emplis de secrets. Quelque chose lui échappe. Quelque chose qui la lie au Highlander et au passé de sa famille : l'origine de ses crises, un traumatisme lointain. Celui de querelles sanglantes entre clans. Celui d'un amour interdit. Celui d'une tragédie oubliée...

Tout d'abord, vous savez que régulièrement je lis des romans 100% autoédité, car ça permet de découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles histoires sans avoir un bandeau de présentation pas toujours vrai sur la couverture. Souvent ces romans ne sont pas parfaits : quelques fautes, quelques problèmes de syntaxes, quelques incohérences, mais au lieu de vilipender son auteur comme certains aiment le faire, soyons indulgents, c'est le fruit d'un travail personnel, non rémunéré, et sans accompagnement d'une maison. Un livre tout juste éclos après avoir incubé plusieurs mois, années, décennies, ne l'oublions pas. 

C'est suite à de nombreux retours positifs, que j'ai eu envie de découvrir Maudits, romance fantastique qui se déroule en Ecosse où présent et passé s'entremêlent de façon plutôt agréable. Pas vraiment un voyage de temps, pas de magie particulière, mais plutôt des réminiscences d'ancêtres ce qui est plutôt un point positif. Le fil conducteur de ce roman est une histoire vraie qui a traversé les âges, racontée, colportée, surement déformée, embellie ou exagérée, réécrite, une histoire devenue vieille, sous forme de légende, de mythe, de folklore local, où personne n'est capable de dissocier le vrai du faux. Mais bien sûr pour que cette histoire perdure dans le temps, il faut des éléments essentiels : de l'amour, de la passion, du courage, du désespoir, de la détermination, de l'irréparable, des cris, des pleurs, des joies, des affres avec une pincée de fantastique et comme tout à chacun le sait, l'Ecosse est le pays des légendes et de la nature sauvage qui ont sculpté de charmants highlanders. Marine Kelada nous propose un concentré de tout cela.

Et pourtant, je n'ai pas adhéré totalement à ce récit qui ne m'a pas totalement transportée. Tout d'abord, à aucun moment je ne me suis attachée aux personnages, et pourtant ils avaient de quoi plaire : Mariam des temps modernes qui souffrent de troubles qui lui font imaginer des scènes plutôt angoissantes, Mariam des temps anciens qui a un caractère volontaire, autoritaire et quelque peu capricieux mais aussi un courage incroyable et enfin Gregor des temps modernes ténébreux personnage au secret mortellement attrayant et le Gregor des temps anciens, téméraire, obstiné, protecteur, désarmant. Alors pourquoi ne me suis-je pas plus attachée à ces personnages qui débordent de qualités incontestables ? Et bien j'ai eu l'impression que c'était peut être un peu trop caricatural et que ces personnages n'étaient qu'entier et qu'ils manquaient de nuances. A chaque scène forte, chaque décision fatale, ils affrontent les difficultés sans recul et même si chagrin il y a, il n'est pas pudique, discret, modeste ou délicat. Je me rend bien compte que j'utilise une succession d'accumulations mais ceci a pour but de créer un effet d'amplification qui traduit une certaine souffrance psychologique tout à fait subjective de pourquoi je suis restée si en retrait alors que j'aurais du plonger, mon corps, mon âme entière dans ce loch moi aussi. Est-ce la vieillesse qui rend mon cœur froid comme le sol gelé de cette terre écossaise en plein cœur de l'hiver ?

J'ai également ressentie une certaine lassitude concernant les jours, les mois, les années d'errance sur ces terres inhospitalières malgré les drames qui vont venir jalonner le vagabondage de nos personnages. Je vous assure, pas grand chose ne leur est épargnée et pourtant pas une seule fois une larme a débordé de mon œil désespérément sec. Il me manquait sûrement soit des ellipses temporelles, soit une concentration des événements. Mais cela m'a conduit à pointer régulièrement les répétitions. Trouvez-vous que je manque d'indulgence ?

Dernier point, et c'est aussi une certaine déception pour moi, je n'ai pu m'empêcher de comparer la partie contemporaine à la saga Les MacCoy L'ogre et le chardon de Alexiane Thill, même si l'autrice n'a pas dû volontairement faire de rapprochement, et la seconde comment ne pas évoquer la saga Outlander. L'autrice se justifie même de ses choix par rapport à cette dernière ce qui là m'a clairement agacée. Pourquoi ne pas assumer ces choix pleinement et par des annotations justifier ces choix ?

Et pourtant, quel potentiel, et j'en reviens au principe de l'autoédition, oui, je vous ai partagé mes frustrations, oui, ce roman est clairement perfectible, mais je n'oublie pas le travail de recherche que j'ai ressenti tout au long de ma lecture. J'ai senti cette envie profonde de faire découvrir cette histoire, de la bâtir, de l'énoncer, de la défendre, de donner vie à ces personnages oubliés, de leur rendre hommage et oui clairement Marine Kelada, vous leur avez rendu hommage, ils ne sont plus désormais des fantômes errants sur des landes balayées par le vent, leur sang ne souille plus ces ruines de château, ils vivaient, ils vivent à travers votre livre et ils vivront encore longtemps dans ma tête.

Il m'est donc difficile de trouver cet équilibre dans la rédaction de ma chronique, mes sentiments après cette lecture sont antinomiques j'ai aimé l'histoire, la passion, la détresse, ces  désillusions, cette malédiction retorse, ce besoin de réparer ses fautes mais les chemins parcourus pour vivre toutes ces émotions est long avec des personnages trop abrupts dans leur façon d'être où la nuance aurait donné cette lumière à ce texte pour qu'il fasse exploser mon cœur de glace.

Commentaires

  1. Je ne trouve pas que tu manques d'indulgence, pourquoi ne soulignerais-tu pas les points négatifs autant que pour un livre édité de façon plus "traditionnelle"? Tu soulignes aussi le positif, ta critique est honnête, c'est ce qu'on attend quand on lit un billet de blog ;)
    J'ai cessé de lire des auto-édité-e-s après plusieurs expériences désagréables, mais je suis sûre qu'il y en a beaucoup qui valent la peine d'être lu-e-s. Peut-être qu'un avis tel que le tien me convaincra sur un titre un de ces jours ;)

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    1. Merci Cyan pour ton retour. Ma prochaine chronique parle également d'un roman auto-édité que je te conseille fortement. Je pense qu'il pourrait te plaire.

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