L'Odyssée de l'Endurance - Ernest Shackleton
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L'Odyssée de l'Endurance - Ernest Shackleton
Août 1914, la Grande Guerre éclate. Mais Sir Ernest Shackleton s'est lancé dans une toute autre bataille : la traversée du continent Antarctique de bout en bout. Et de l'échec - total - de cette tentative, il va faire une victoire : la plus stupéfiante épopée de toute l'histoire de l'exploration polaire. Leur navire, l'Endurance, bientôt broyé par les glaces, Shackleton et son équipage passent plus d'un an bloqués sur un pack à la dérive, balayé par le blizzard. Lorsque enfin ils libèrent leurs chaloupes, c'est pour affronter quinze jours d'une mer déchaînée, brûlés par la soif et les embruns glacés. Leur terre promise, la Géorgie du Sud, ils devront en escalader les glaciers, dévalant champs de neige et précipices avant de parvenir à bon port. Shackleton ne perdra pas un seul homme. Modeste dans sa grandeur, avec un réalisme et une ténacité typiquement britanniques, dans ces paysages et ce climat d'apocalypse, il fait souffler un vent chaleureux d'humanité.
En quelques mots :
Osez affronter l'aventure glaciale, rude et totalement immersive. Entre tempêtes, banquise et espoir fragile, j’ai été happée par le destin de ces hommes et de leur bateau, l’Endurance. Malgré quelques longueurs et répétitions, le récit impressionne par la résilience et le courage face à une nature implacable. Une lecture vieillie, mais incroyablement passionnante.
En beaucoup plus de mots :
Préparez votre écharpe, votre bonnet, vos gants, vos bottes et votre parka pour affronter le froid antarctique et suivre le quotidien de ces hommes.
Des explorateurs, des scientifiques, des médecins, un cuisinier, un charpentier, un photographe et des marins. Cette fine équipe part à la demande de Winston Churchill en exploration pour traverser pour la première fois le continent antarctique de part en part, le lendemain de la déclaration de guerre de 1914.
Je connaissais déjà le devenir de ce bateau grâce au magistral documentaire L’Endurance diffusé sur Disney+ (il me semble) et j’ai eu envie (fortement poussée par monsieur Loup) d’explorer le récit d’Ernest Shackleton. Et quel récit !!!
Certains trouveront sans doute le texte vieilli, rébarbatif (et ce fut vraiment mon cas à la fin, j’avoue), répétitif (de la glace, de la neige, du vent… encore de la glace, des immeubles de glace, des montagnes de glace, des pics de glace. Ah, j'oubliais des icebergs... de glace), ou se perdront dans les échelles de mesure oh combien nombreuses (pouces, pieds, yards, milles, et j’en passe…). Mais quelle aventure incroyable ! Quelle résilience face aux forces de la nature, car l’Endurance porte bien son nom.
L'endurance est l'aptitude à résister aux fatigues physiques ou aux épreuves morales (et c’est tout simplement incroyable de voir leur entrain conservé à la vue d’un pingouin ou d’un phoque qui servira à la fois de repas et de matière première pour l’éclairage, car oui, la boustifaille est au centre de ce roman et je vous le dis vaut mieux avoir l'estomac bien accroché). Mais endurance signifie aussi la solidité d’une machine ou d’un véhicule dans une épreuve de longue durée. Et là encore, ce bateau va durer… durer… jusqu’à l’inévitable.
Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas ce bateau, ou plus exactement l’expédition transantarctique de 1914, revenons un peu en arrière.
L’Endurance quitte Plymouth, en Angleterre, le 9 août 1914 et fait escale en Géorgie du Sud (notez que j’aurais été totalement incapable de situer ces îles sur une carte avant cette lecture, mais c’est très très très au sud… encore plus au sud du sud). L’équipage y patiente un mois avant de poursuivre plus bas encore (oui, parce qu’il y a toujours plus au sud quand on parle du pôle Sud), car le pack, autrement dit de la glace en dérive sur les flots (bateau sur l'eau...) ce qui n’est jamais une excellente nouvelle quand on est un bateau s’étend très au nord cette année-là.
"Pendant quarante heures, nous avions zigzagué sur une surface de vingt milles carrés, en quête d'un passage vers le sud, sud-ouest ou sud-est. Mais tous les chemins couraient vers le nord, nord-est ou nord-ouest. Comme si les génies de l'Antarctique s'ingéniaient à nous montrer du doigt la route du retour, route que nous étions déterminés à ne pas suivre."
Qu’à cela ne tienne… nos 28 hommes, en très bonne condition physique, n’ont que faire du froid. Ils sont de braves gaillards et la science (et un peu l’honneur aussi) les attend.
Et les voilà qui descendent, descendent… 76° S, 77° S… et les températures aussi : –23°, –29°, –30°, –34°, –36°… jusqu’à être pris dans la glace. Plus de marche arrière possible, pas d’avancée non plus. Il ne reste que la dérive et l’espoir de la fonte.
Mais voilà, Mère Nature en a décidé autrement.
Le mercredi 27 octobre, à la latitude 69°05’S et la longitude 51°30’O, à une température presque clémente de –22°C, alors qu’une légère brise du sud souffle et que le soleil brille dans un ciel clair, l’Endurance ne résiste plus. Elle agonise.
Oh comme j’ai aimé ce bateau presque humanisé, qui souffre, qui résiste, qui ne ploie pas, qui montre un courage sans faille… et qui finit par être brisé, broyé après 281 jours d’emprisonnement dans son carcan de glace.
Adieu protection, chaleur et illusion de sécurité.
Mais ces 28 courageux hommes vont continuer à avancer, encore et encore, malgré la souffrance du corps et de l’esprit. Ils vont avancer, ils vont tout donner pour échapper à cet enfer… et ils vont y arriver.
"Nous avions souffert et triomphé, rampant par terre en cherchant à saisir la gloire, grandissant au contact de l'immensité. Nous avions vu Dieu dans sa splendeur, entendu la voix de la Nature. Nous avions touché l'âme humaine dépouillé de tout artifice."
Au final, ils s’en sortiront tous (bon… avec quelques parties du corps en moins pour certains d’entre eux, mais c’est presque anecdotique à ce stade). Ils vont braver la glace, les flots, entre espoir et résilience.
Je vous laisse découvrir la suite.
Mais lorsque l’on croit que tout est terminé… en fait pas du tout. Car il y avait une seconde expédition à l’opposé de la leur, et tout recommence. Et finalement, je trouve que l’aventure de ces “autres” est encore plus poignante, plus dure, plus sauvage, car pour eux, certains ne reviendront jamais.
Alors oui, je suis enthousiaste d’avoir vécu cette aventure, d’avoir eu un pincement au cœur pour ces chiens de traîneaux au destin funeste (non, je ne me suis jamais remise du visionnage d’Antarctica quand j’avais une dizaine d’années : je crois avoir pleuré toutes les larmes de mon corps et mon père a fini par éteindre la télévision pour m’éviter la fin… avec le recul je pense surtout qu’il souffrait de me voir pleurer autant pour un film, mais je m’égare).
Je ne me suis jamais sentie proche de ces explorateurs mais le récit est incroyablement immersif, parfois peut-être trop, et les photos prises durant ce périple renforcent encore cette impression.
Vous l’aurez compris, cet avis est totalement subjectif et gomme volontiers les nombreux défauts du texte. Mais j’ai tout simplement été happée par cette histoire passionnante que je vous recommande si vous aimez le genre.
"Je me suis souvent émerveillé de la limite imperceptible qui sépare le succès de la faillite et du rebondissement soudain qui change un désastre apparemment certain en une réussite relative."![]()
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