Paternoster – Julia Richard
Paternoster - Julia Richard
Dana, jeune Algérienne d'origine modeste, va enfin rencontrer les parents de son compagnon, Basil Paternoster, fils de bonne famille, lors de vacances chez eux dans la Dombes.
Pourtant, si elle a réussi à construire une relation aimante et chaleureuse avec Basil, le contact avec le reste de la famille est tout autre.
Si les vacances se déroulent dans la tranquillité et la langueur, pourquoi la jeune femme vit-elle si difficilement son intégration dans cette famille peut-être un peu trop étrange... ? Quel secret lui cachent-ils ? Qu'attendent-ils d'elle ?
Loin des clichés des sectes, malédictions et autres sociétés secrètes, Paternoster propose une expérience, poisseuse, troublante, faussement minimaliste, au twist redoutable, et au puissant message social et féministe.
En quelques mots :
Lecture dérangeante, inconfortable, presque douloureuse. Dana m’a agacée autant que je me suis attachée à elle, prisonnière d’une relation toxique que l’on voit mieux qu’elle mais l'est-elle vraiment ?
Entre malaise, lucidité et miroir personnel, Paternoster ne laisse aucun répit. J'ai eu envie de hurler, j'ai eu peur et au final je ne sais pas si j’ai aimé… mais cette histoire restera.
En beaucoup plus de mots :
Je crois que cela faisait très longtemps qu’une lecture ne m’avait pas autant désarçonnée que Paternoster. Loin, très loin de ma zone de confort. Je ne sais toujours pas si j’ai détesté ou aimé (non, adoré serait bien trop fort) ce roman. Coup de génie ou simple élucubration de l’autrice ? Une chose est certaine : elle ne m’a pas laissée indifférente.
Il y a aussi mon âge, mon vécu, mes erreurs passées, mes doutes anciens qui sont remontés à la surface. Ce miroir tendu sous mes yeux ne m’a pas fait que du bien. J’ai dû me blinder pendant cette lecture. Les conditions idéales des vacances m’ont permis d’aller au bout ; sans cela, je crois sincèrement que j’aurais abandonné. Alors j’avertis les futurs lecteurs : ce roman doit s’ouvrir au bon moment.
Dana. Française, fière de l’être, d’origine algérienne aussi. Dana veut qu’on l’aime. Après une séparation douloureuse, elle n’a plus qu’une obsession : être aimée. Et moi, j’ai eu envie de hurler à plusieurs reprises. Parce que Dana va s’effondrer dans les bras de Basil Paternoster, et que cette relation m’a semblé tellement toxique, tellement malaisante. La jeunesse rend aveugle, biaise l’esprit, engourdit les sens. On croit aimer. Mais non. Non, ce n’est pas possible. Et pourtant… je n’ai fait que l’excuser. Comprendre son mal-être. Comprendre son besoin de bien faire. (Suis-je maso ? Trop altruiste ?)
Le récit alterne deux périodes : un été où Dana rencontre ses beaux-parents pour la première fois, et une temporalité antérieure qui retrace la naissance et l’évolution du couple. À plusieurs reprises, je me suis demandé s’il n’y avait pas deux réalités parallèles. Les mêmes personnages, deux époques, un flou volontairement entretenu par l’autrice. Cela m’a profondément mise mal à l’aise. Et je vous laisse découvrir pourquoi.
Le roman est aussi rempli de scènes, de fragments, de situations autour de l’alcoolisme social, du racisme ordinaire, du sexisme ordinaire. L’autrice rebondit dessus, les montre, les décortique. C’est voulu. Mais c’est précisément ce qui rend la lecture inconfortable.
Et pourtant… la psychologie féminine est, à mes yeux, remarquablement retranscrite. Cette jeune femme qui veut et ne veut plus. Qui dit oui puis non. Qui revient. Qui doute. Qui espère encore. Dana est une chiante attachante, innocente, naïve souvent. Le lecteur voit ce qu’elle ne peut pas voir. Non pas parce qu’elle est stupide, mais parce qu’elle n’a pas le recul nécessaire. Les émotions sont plus fortes que la raison. Oui, j’ai rendu Dana vivante. Je me suis attachée à sa souffrance, à son incrédulité, à son besoin viscéral d’aimer et d’être aimée, pour le meilleur et pour le pire. Et pourtant, j’avais envie de la secouer. De la gifler parfois (la scène de gynécologie me restera en mémoire longtemps, brrr j'en ai encore des frissons).
La fin est inattendue. Peut-être dérangeante. Peut-être capillotractée pour certains. Mais pour moi, elle est dans la continuité parfaite du roman et à l'image de cette couverture qui me hantera longtemps et que j'ai longtemps essayé de comprendre durant ma lecture. Dana sort du labyrinthe. Elle a vaincu son Minotaure. Elle peut enfin vivre.
Je ne sais toujours pas si j’ai aimé ce livre. Mais je sais qu’il m’a bousculée. Et c’est déjà beaucoup.
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