Nouvelles orientales – Marguerite Yourcenar

 

https://img.livraddict.com/_thumbs/covers/474/474503/200_0/couv34470055.jpgNouvelles orientales - Marguerite Yourcenar
Orientales, toutes les créatures de Marguerite Yourcenar le sont à leur manière, subtilement. L'Hadrien des Mémoires se veut le plus grec des empereurs, comme Zénon, dans la quête de son Œuvre au Noir, paraît souvent instruit d'autres sagesses que celles de l'Occident. L'auteur elle-même, cheminant à travers Le Labyrinthe du Monde, poursuit une grande méditation sur le devenir des hommes qui rejoint la pensée bouddhiste. Avec ces Nouvelles, écrites au cours des dix années qui ont précédé la guerre, la tentation de l'Orient est clairement avouée dans le décor, dans le style, dans l'esprit des textes. De la Chine à la Grèce, des Balkans au Japon, ces contes accompagnent le voyageur comme autant de clés pour une seule musique, venue d'ailleurs. Les surprenants sortilèges du peintre Wang-Fô, " qui aimait l'image des choses et non les choses elles-mêmes ", font écho à l'amertume du vieux Cornelius Berg, " touchant les objets qu'il ne peignait plus ". Marko Kralievitch, le Serbe sans peur qui sait trompait les Turcs et la mort aussi bien que les femmes, est frère du prince Genghi, sorti d'un roman japonais du XIe siècle, par l'égoïsme du séducteur aveugle à la passion vraie, comme l'amour sublime de sacrifice de la déesse Kâli, " nénuphar de la perfection ", à qui ses malheurs apprendront enfin l'inanité du désir... " Légendes saisies en vol, fables ou apologues, ces Nouvelles Orientales forment un édifice à part dans œuvre de Marguerite Yourcenar, précieux comme une chapelle dans un vaste palais. Le réel s'y fait changeant, le rêve et le mythe y parlent un langage à chaque fois nouveau, et si le désir, la passion y brûlent souvent d'une ardeur brutale, presque inattendue, c'est peut-être qu'ils trouvent dans l'admirable économie de ces brefs récits le contraste idéal et nécessaire à leur soudain flamboiement.

En quelques mots :

Une plume brillante, certes, mais des nouvelles froides, violentes et hermétiques. Entre massacres, tromperies et fatalisme sans recul, impossible d’y trouver du sens ou du plaisir. Un classique reconnu que j’ai, pour ma part, profondément détesté.

En beaucoup plus de mots :

Voici le livre que mon fils, en classe de cinquième, devait lire pendant les vacances d’hiver. Je vous le dis tout de suite : ce ne fut une partie de plaisir ni pour lui… ni pour moi. Oui, je fais partie de ces mères qui lisent les livres donnés à leurs enfants. Pour vérifier qu’ils les lisent vraiment (je ne suis pas naïve) mais aussi pour les accompagner quand le texte est difficile. Et ici, une chose est sûre : la lecture de ce recueil n’est pas simplement difficile, elle est ardue, parfois pénible, souvent éprouvante.

Mon fils n’a pas l’intention de le terminer. Il dit qu’il n’y comprend rien. Et, pour une fois, je ne peux que lui donner raison.

Publié en 1938, ce recueil marque une étape importante dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar : bien avant Mémoires d’Hadrien que je compte lire un jour, il est dit qu'elle y explore déjà son goût pour l’Histoire, les mythes et les récits anciens. Et en effet, les nouvelles s’inspirent de légendes et de traditions venues de Chine, d’Inde, du Japon, d’Europe de l’Est. À leur sortie, elles ont été saluées pour leur érudition et la maîtrise stylistique de l’autrice. Et il est vrai que sa plume est d’une grande virtuosité : dense, précise, exigeante, mais ...

Mais qu’en est-il vraiment de ces histoires ? Nous voilà transportés d’un continent à l’autre, au fil de récits du temps passé, racontés par des voyageurs ou par ceux qui croient détenir la vérité. Tromperies, adultères, massacres, folies : rien n’est épargné. Et particulièrement pas les femmes. Ce qui m’a profondément dérangée, c’est cette impression de normalité dans la violence. Pas de critique apparente, pas de dénonciation claire : les faits sont exposés avec distance, presque froideur.

Je comprends l’intention littéraire, la volonté de restituer des mythes dans leur brutalité originelle. Mais pour un lecteur de douze ans et même pour moi, cela m’a semblé inadapté, hermétique, parfois accablant. Ma propre mère, qui était avec moi pendant ces vacances, a tenté l’expérience : elle a abandonné après un quart du recueil, fulminant qu’un enfant ne puisse ni saisir les subtilités des relations décrites ni trouver le moindre plaisir dans ces récits sombres. Et je dois admettre que je partage son avis : proposer ce type de lecture à un jeune lecteur risque davantage de l’éloigner des livres que de lui donner le goût de lire.

Je ne vais pas vous en dire beaucoup plus. Malgré la qualité indéniable de l’écriture et la richesse culturelle du projet, je suis totalement passée à côté. J’ai trouvé ces nouvelles froides, lourdes, et pour tout dire inutiles à mes yeux.

J’ai détesté, tout simplement.

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