Lontano - Jean-Christophe Grangé

Auteur : Jean-Christophe Grangé
Éditions : Albin Michel
Genre : Thriller
Date de parution : 2015
Pages : 776

"SOLEIL BLANC, POUSSIERE ROUGE.
Une chapelle ardente à plus de quarante degrés."

Synopsis :
 Éminence grise du pouvoir, Grégoire Morvan a connu ses heures de gloire en Afrique dans les années 80, en arrêtant au Zaïre « l'Homme clou », tueur en série au rituel atroce, inspiré des plus violents fétiches africains.
Quarante ans plus tard, en France, les cadavres mutilés, criblés de ferraille et de tessons s'accumulent : la marque de « l'Homme clou », totem de la folie meurtrière née au plus profond de l'Afrique. Le passé trouble de son père - fantôme menaçant de sales affaires enterrées - rattrape alors Erwan Morvan, le meilleur flic de la crim'.
Saga familiale, roman psychologique et roman noir, Lontano est une plongée verticale dans les ténèbres de l'âme, roman paroxystique et vertigineux, dérangeant comme ces rites primitifs qui nous fascinent et nous effarent.



Ce que j'en ai pensé :

Enfin. Depuis le temps que j'attendais de retrouver la plume et le génie de cet auteur qui m'avait tant fait vibrer avec Le serment des limbes, Les rivières pourpres ou Le vol des cigognes, je l'ai trouvé ou du moins retrouvé. Oui, j'avais été profondément déçue par certains de ces romans, comme Misere, Kaiken, La forêt des mânes. Quand au Passager, c'est un ovni parmi ses romans, mais j'avais adoré.

Ce livre est certes un gros pavé (quasiment 800 pages) mais une véritable pépite, où on ne peut pas s'ennuyer. La tension monte au fur et à mesure, les fausses pistes se multiplient, les scènes des autopsies sont toujours aussi crues mais moi j'aime bien. Surtout que Jean-Christophe Grangé, ne va jamais dans le gore, il frôle la limite du supportable, et quand on lit du thriller, qu'on le veuille ou non, on veut du sang, des trippes, des positions de corps improbables et dans ce roman on est servi. Ames sensibles s'abstenir. Il explore également les mondes tabous des no limit, du SM, que je n'affectionne pas particulièrement, mais il le fait avec beaucoup de retenu ce qui permet de s'immerger dans un monde sombre sans en ressentir de désagrément ou la nausée.

Dans ce roman, nous allons suivre principalement le fils de la famille Morvan : Erwan qui est envoyé par son père : Grégoire sur une affaire de corps retrouvé en Bretagne. Une affaire qui doit être au départ vite expédiée mais ce n'est que le tronc qui cache la forêt et on comprend bien vite que ce corps n'est que le début d'une longue série.

En parallèle de la résolution de l'affaire, se dessine en pointillé une autre enquête mais cette fois-ci familiale avec la fille Gaëlle qui sombre dans tous les sens du terme, de Loïc l'autre fils qui part à la dérive, de sa femme Sofia, froide et vengeresse, et de Maggie la Mère qui a deux facettes. Tout se petit monde se croise, l'enlace, s'aime, se déteste, vit et renait de ses erreurs et permet à Erwan d'avancer bon grès mal grés dans son affaire. Ce parallélisme est très bien amené et permet à chaque fois de relancer l'histoire quand elle s'essouffle un peu ou au contraire énerve lorsque l'on est dans un moment clé de l'enquête et qu'on ne sait pas la suite, nous obligeant à lire quelques chapitres de plus, encore et toujours. Au fur et à mesure, nous allons donc découvrir les secrets de chacun de ces personnages et les liens entre eux et les autres personnages du roman créant une immense toile extrêmement solide.

Jean-Christophe Grangé, nous propose également une histoire où en filigrane apparaissent beaucoup d'aspects politiques sous les divers gouvernements actuels et passés. Je ne connaissais pas toutes les allusions faites au cours du roman mais m'évoquaient certaines unes au journal de 20 heures il y a quelques années. De plus, la géopolitique françafricaine est évoqué en de nombreuses reprises et c'est assez complexe comme approche. Si vous devez commencer à lire du Grangé, ne commencez pas par celui-ci, il est peut être pas facile d'accès à un néophyte.

J'évoquais au début de ma chronique qu'on l'on retrouve le style de l'auteur de ces premiers romans et en particuliers à travers la description des combats à mains nues d'une extrême violence mais à la fois hypnotiques, nous obligeant à nous isoler dans ce monde de fiction faisant abstraction du monde réel qui nous entoure. Grangé a le pouvoir de nous rendre voyeur sans nous en rendre compte sur des instants de vie que nous ne souhaiterions ne jamais être confrontés. J'ai eu certaines réminiscences en lisant ce texte de combats et j'ai été transportées dans les rivières pourpres.

Je souhaite, pour terminer cette chronique, évoquer les recherches faites par l'auteur pour étayer ce roman qui ont du être nombreuses, c'est extrêmement bien documenté, c'est construit, c'est réfléchi pour nous faire cogiter, et pour une fois, je n'ai pas vu la fin venir ... Mais ce n'est pas réellement une fin puisque pour la première fois Jean-Christophe Grangé nous propose une suite à son enquête, et j'ai hâte de la découvrir en espérant trouver réponses à toutes les questions que je me pose sur cette sacré famille et en particulier sur le personnage de Maggie, que je n'arrive pas à cerner, qui m'intrigue tout autant qu'elle me fait peur.

Citations :

"Le féminisme, c'est bon pour les gouines et les bourgeoises. Les femmes, les vrais, celles qui n'ont pas un rond, sont prêtes à tout pour s'en sortir et se moquent bien de la parité à l'Assemblée ou de savoir si le mot "écrivain" peut prendre un "e"."

"Le café était devenu une sorte de maladie sociale, un poison censé huiler les rapports humains mais qui laissait surtout des aigreurs d'estomac et des relents de bile dans la gorge."

"-Qu'est-ce que t'insinues ? s'indignât-il. Que je t'ai caché des informations ?
-Tu sais ce qu'on dit chez nous ? "Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux". "

"Quand on a connu cette terre rouge, ces paysages qui nous fracassent le cœur et vous brûlent la rétine, ces hommes et ces femmes hilares, brutaux et naïfs, qui peuvent déployer des trésors de finesse, de sensibilité artistique, de superstitions hallucinantes, on ne s'en remet jamais vraiment. L'Afrique, c'est comme ce paludisme chronique dont on se croit guéri parce que les parasites ont apparemment disparu mais qui restent enfouis, au fond du foie, ne demandant qu'à ressurgir. "

Petit Bonus (sources Lankaart et DMCARC) :

Le roman repose sur l'affaire de l'Homme Clou, et fait de nombreuses fois référence aux Minkisi, minkondi. Ce sont des statues d'une trentaine de centimètres, le plus souvent faites de bois, où ont été insérés des clous. Ces œuvres sont originaires du Congo.

Les Minkisi (c’est le pluriel de Nkisi) constituent véritablement l’incarnation d’une entité spirituelle qui se soumet à un contrôle humain au travers de rites. Ils sont utilisés pour résoudre toute sorte de problèmes (maladie, stérilité, conflits…).

Voici une sélection des plus belles œuvres que j'ai trouvé :




Le mot de la fin :

Je pense que Lontano est dans mon top 3 des Grangé. Un gros travail de recherches a permis d'étayer son histoire où le lecteur est plongé dans une enquête qui ne mollit jamais. On passe du luxe aux bas fonds, au modèle strict de l'armée au monde déganté de l'artistique, avec ce livre pas de demi mesure. Impatiente de connaitre la suite...

1. Lontano
2. Congo Requiem

***

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